Monthly Archives: juin 2016

Carabes, cétoines, scarabées, capricornes, chrysomèles… : un guide pour découvrir un demi-millier de coléos du Bassin parisien

Ayant présenté il y a peu le traité que Patrice BOUCHARD et une équipe de spécialistes ont dédié aux coléoptères du monde, adapté et traduit en France par Delachaux, nous demeurons dans ce groupe d’insectes avec un livre, publié par le même éditeur, dont le propos intéressera probablement plus directement, sur le terrain, l’entomologiste ou le simple naturaliste…

Couverture de l'ouvrage : Coléoptères du Bassin parisien (Source : B. Meriguet & P. Zagatti, Delachaux&Niestlé-2016)

Coléoptères du Bassin parisien (Source : Delachaux & Niestlé – 2016)

En effet, le guide Coléoptères du Bassin parisien imaginé par Bruno MERIGUET et Pierre ZAGATTI se veut avant tout pratique : permettant de s’initier avec rigueur à l’observation et à l’identification des coléoptères du Bassin parisien, une région dont l’intérêt entomologique ne se démord pas, malgré les agressions de la pollution et de la dégradation constante de nombreux milieux naturels, il ne peut qu’encourager à rester attentif à cette faune modeste mais fascinante – avec laquelle nous cohabitons au quotidien -.

Près d’un demi-millier d’espèces (soit 10% environ de celles connues de la région) sont présentées avec leur nom (scientifique et populaire), la famille à laquelle elles appartiennent, les critères essentiels de leur diagnose, des éléments sur leur milieu de vie et, surtout, un portrait photographique de grande fidélité (qui doit beaucoup à la technique du focus stacking, qui fera l’objet d’un prochain article dans ce blog). S’il sera donc aisé de déterminer ces espèces (qui ne présentent guère d’ambiguïté), les auteurs rappellent en revanche que leur guide connait ses limites : il ne prétend pas à l’exhaustivité et il ne permet pas de déterminer (comme le feraient des clés dichotomiques, lire cet article) les espèces non représentées – il peut toutefois permettre souvent de les approcher au niveau générique -. Un point particulier et très novateur retient l’attention : l’inclusion de QRcodes renvoyant, pour chaque monographie de coléoptère, à l’inventaire national du patrimoine naturel (INPN).

Exemple de présentation d'espèces : famille, diagnose, écologie, photo en focus stacking et QRcodes (Sources : B. Meriguet et P. Zagatti, Delachaux - 2016)

Exemple de présentation d’espèces : famille, diagnose, écologie, photo en focus stacking et QRcodes (Source : B. Meriguet et P. Zagatti, Delachaux & Niestlé – 2016)

Constituant en cela une introduction à la coléoptérologie, ce manuel invitera naturellement le lecteur à approcher la diversité des coléoptères du Bassin parisien et l’incitera à approfondir ses connaissances sur la faune de cette vaste région. Il saura aussi susciter , indirectement, son intérêt pour les coléoptères d’autres parties de la France, au travers des ouvrages cités en bibliographie et de clés d’identification plus précises (mais plus austères !) ou au travers des contacts qu’il prendra avec des pairs également passionnés, par l’intermédiaire d’associations d’entomologie organisant avec régularité rencontres et sorties.

MERIGUET B., ZAGATTI P. (2016)

Coléoptères du Bassin parisien : guide d’identification de terrain

Delachaux et Niestlé, 288 pages

Interview de l’auteur

Entomologiste exerçant à l’Office pour les Insectes et leur Environnement (OPIE) depuis plus de 15 ans, Bruno MERIGUET est un spécialiste reconnu des coléoptères de France et a réalisé de nombreuses expertises et inventaires en Île-de-France. Auteur, avec Pierre ZAGATTI (directeur de recherche à l’INRA et membre fondateur de l’OPIE) du guide présenté ici, il a accepté avec une grande gentillesse de répondre aux questions de « Passion-Entomologie ».

  • Comment vous est venue l’idée de proposer l’édition d’une somme sur les coléoptères du Bassin parisien ?
Bruno MERIGUET lors d'un inventaire (Source : Annabelle SUEUR)

Bruno MERIGUET lors d’un inventaire (Source : © Photo de Annabelle SUEUR)

C’est une longue histoire qui a mis du temps à s’écrire. Au début des années 2000, lors de sorties naturalistes dans la région de Fontainebleau, le naturaliste Christophe PARISOT m’avait sollicité pour concevoir un document qui permettrait d’identifier les coléoptères banals. Je n’avais alors pas assez de connaissances et je ne savais pas comment m’y prendre pour réussir cette alchimie de la simplicité et de la rigueur. Pour mémoire, le nombre d’espèces de coléoptères connues historiquement en Île-de-France est de l’ordre de 5500 : c’est la moitié de la faune de France !

L’idée est donc un peu tombée dans l’oubli. A plusieurs reprises, Pierre ZAGATTI et moi-même avons rédigé des fiches, des aide-mémoires et des outils pour notre usage personnel ou pour un groupe restreint. Ces documents s’appuyaient déjà grandement sur les photos réalisées par Pierre, mais ils restaient d’un usage confidentiel et rarement entièrement satisfaisant.

En 2011, à l’OPIE où je travaille, nous avons lancé une enquête nationale sur le Lucane cerf-volant (Lucanus cervus). Elle s’appuyait sur (suite…)

De retour du massif du Makay depuis le 1er mai : ce compte-rendu est posté tardivement, veuillez m’en excuser, en raison d’un changement de vie professionnelle qui a suivi aussitôt (toujours dans les insectes), laissant peu de place pour vous narrer cette aventure au bout du monde – qui existe vraiment, je le confirme ! –

L’aventure débute le dimanche 10 avril lorsque les équipes de Naturevolution nous récupèrent à l’hôtel Jacaranda dans le centre d’Antananarivo : direction Antsirabé, pour une nuit au Soa GuestHouse. Suit une journée de 12h de route (au confort incertain) en 4×4 afin de rallier la ville de Ranohira 521km plus au sud. Après une courte nuit au Momo Trek, destination le village de Beroroha qui nécessitera 13h de piste et la traversée de la rivière Mangoky, à l’aide d’une embarcation de fortune. Enfin, le lendemain (mercredi) en fin d’après-midi et après encore quelques heures de pistes, nous voici dans le village de Beronono, aux portes du massif du Makay que l’on a en visuel !

Arbres brûlés après le passage d'un feu de brousse - route de Beronono (Source : © B. GILLES)

Arbres brûlés après le passage d’un feu de brousse – route de Beronono (Source : © B. GILLES)

Premier constat, bien que la région soit éloignée et difficile d’accès, les pressions anthropiques, notamment les feux de brousse, sont visibles et grignotent peu à peu la forêt au détriment d’une savane à perte de vue. Les populations indigènes utilisent la technique du brulis pour favoriser la repousse de jeunes tiges d’herbacées dont se nourrissent leurs zébus. L’absence de contrôle et la sécheresse favorisent la propagation des flammes sur des kilomètres carrés et des jours durant.

Une fois pénétré dans le massif du Makay, à pied dorénavant, se dévoile une nature à la fois riche, sauvage et unique, préservée au sein d’un labyrinthe rocheux qui-impénétrable aux paysages époustouflants et saisissants ! Chaque journée de marche apporte son lot de découvertes, d’émerveillement, d’observations d’une faune et d’une flore rares mais aussi des échanges humains riches et amicaux avec des personnes du groupe et les populations locales.

Pénétrant toujours plus profondément au fil des jours, en suivant les guides, se profile à l’horizon le camp de Naturevolution, situé sur la rive droite de la rivière Menapanda, à 4h de marche du village de Stivoko. Il sera notre base pour les 5 prochains jours.

Panorama de la rivière Menapanda, du camp de base et du labyrinthe rocheux du Makay (Source : © B. GILLES)

Panorama de la rivière Menapanda, du camp de base et du labyrinthe rocheux du Makay (Source : © B. GILLES)

Durant ces quelques jours coupés du monde, l’exploration de canyons toujours plus étroits, profonds et humides, et de sommets toujours plus hauts et secs, est une expérience intense autant sur le plan physique qu’émotionnel : le spectacle qu’offre la nature est simplement grandiose. Il nous été donné l’opportunité de partir deux jours en exploration, dont une nuit à la belle étoile, avec le strict minimum. Dormir dans cette nature, dont on ressent à la fois la force et la vulnérabilité, renforce la sensation d’être réellement au bout du monde et de vivre un moment rare et exceptionnel.

Après un séjour de deux jours dans le village de Stivoko et une mémorable partie de foot avec les enfants, le retour débute le mardi 26 avril. Une dernière nuit sur les berges sableuses de la Mangoky puis le monde moderne revient peu à peu : Ranohira, Antsirabé et enfin Antananarivo le 29 avril.

Le sentiment est ambigu : heureux d’avoir pu vivre cette aventure incroyable mais également triste de quitter une ambiance, une équipe et une nature aussi captivante.

La réadaptation au monde moderne fut un peu difficile : plusieurs kilos en moins, un esprit en partie resté dans le Makay, reprise d’une vie où la notion de temps prend tout son sens.

Capture d'une Odonate et prise photo pour détermination ultérieure (Source : © B. GILLES)

Capture d’une Odonate et prise photo pour détermination ultérieure (Source : © B. GILLES)

Ma mission, comme entomologiste, était de collecter l’entomofaune croisée au cours de notre passage dans les sites reculés du massif du Makay. En raison d’une saison sèche précoce, les criquets migrateurs, déjà en vol, avait un mois d’avance, et une période de pleine lune tout au long du séjour, les conditions environnementales et climatiques étaient au final, hélas, peu favorables à la présence d’une grande diversité d’insectes. Cependant, ce sont près de 200 spécimens de plusieurs ordres et familles (Hemiptera, Diptera, Carabidae, Formicidae, Vespidae…) qui ont pu être collectés.

Le massif du Makay demeurant dans sa majorité peu étudié, offre une possible opportunité d’apporter des données inédites pour la science.

Un long travail reste à réaliser : description des individus et détermination des espèces, avec l’espoir de découvrir de nouvelles espèces, puis publication des résultats.

Pour cela, des scientifiques et des passionnés d’entomologie, spécialistes des familles collectées et de la faune de Madagascar, vont apporter leur compétences et contribution à ce projet. L’inventaire est en cours et les premières études des spécimens pourront débuter dans les prochaines semaines.

Vous serez informés du déroulement de ce travail.

Découvrez le second compte rendu ici.

Je souhaite remercier l’ensemble des personnes qui ont apporté leur aide, soutien, confiance et professionnalisme à la réalisation de cette mission d’exploration, de cette aventure et m’ont ainsi permis de vivre cette expérience à la fois scientifique et humaine. Votre contribution va permettre aux acteurs engagés sur place : Naturevolution et ProjetsPlusActions, d’oeuvrer à la préservation de cette région et de soutenir le développement socio-économique et éco-touristique des populations locales.

Un grand merci à tous !

Benoît GILLES

Album photos

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Remerciements
Sponsors
  • Décathlon Champniers – Participation à l’acquisition de matériel (tente, chaussures, sac à dos, vêtements, lampe frontale…)
  • Fournisseurs de tubes de collecte : OPIE & Pierre DELOBEL – INRA Montpellier
Recommandation d’ouvrage et DVD sur cette thématique 

– Makay : A la découverte du dernier Eden (Evrard Wendenbaum – Editions de La Martinière – 173 pages – 17 novembre 2011)

– Makay, les aventuriers du monde perdu [Blu-ray 3D] (Evrard Wendenbaum & Pierre Stine – 98mn – 14 décembre 2011)

La capacité de colonisation et d’adaptation des insectes à des milieux extrêmes et des habitats inhospitaliers étonne toujours plus. En témoigne : la découverte d’un coléoptère des profondeurs dans les galeries souterraines Krubera-Voronja du massif de l’Arabika (Caucase). Ce carabique, Duvalius abyssimus, a été collecté par près de 60 m de profondeur lors d’une expédition d’exploration menée par une équipe de spéléologues ibéro-russes entre 2010 et 2013.

Les coléoptères cavernicoles furent, historiquement, les premières espèces adaptées à la vie souterraine décrites. Ces insectes composent une part importante de la biodiversité de ces habitats au fort taux d’endémisme : ils constituent pour cela un modèle d’étude intéressant de l’histoire évolutive et de l’adaptation de ces espèces à ce type d’environnement singulier.

La région du Caucase est à ce titre un hotspot de biodiversité notamment pour les coléoptères Carabidae. Plusieurs genres y sont présents : Jeannelius (Kurnakov, 1959), Meganophthalmus (Kurnakov, 1959), Caucasaphaenops (Belousov, 1999), Taniatrechus (Belousov & Dolzhanski, 1994), Caucasorites (Belousov & Zamotajlov, 1997).

Illustration de Duvalius abyssimus (Source : José Antonia Penas)

Illustration de Duvalius abyssimus (Source : José Antonia Penas)

Le genre Duvalius (Delarouzée, 1859) se rencontre sur l’ensemble de l’aire méditerranéenne jusqu’en Asie. Il rassemble 220 espèces réparties en 9 sous-genres : Biharotrechus (Bokor, 1922), Duvalius s.str., Euduvalius (Jeannel, 1928), Hungarotrechus (Bokor, 1922), Neoduvalius (Muller, 1913), Paraduvalius (Kirsch, 1924), Platyduvalius (Jeannel, 1928), Trechopsis (Peyerimhoff, 1908) et Typhloduvalius (Kirsch, 1980).

Bien que ces espèces présentent des caractères morphologiques externes différents, leur détermination repose sur l’étude de leur genitalia (organes copulatoires mâles). Une révision taxinomique du genre est cependant nécessaire pour éclaircir sa complexité.

Ana Sofia Reboleira dans la grotte de Krubera-Voronja (Source : CESAM)

Ana Sofia Reboleira dans la grotte de Krubera-Voronja (Source : CESAM)

Les genres Duvalius et Trechus sont étroitement apparentés (tribu des Trechini) et présents dans la même région géographique. Les espèces de ces deux genres se différencient par l’étude des genitalia, de l’endophallus (paroi interne de l’organe génital) et de la pubescence des tibias.

Une nouvelle espèce du genre Duvalius : Duvalius abyssimus (Reboleira1,2 & Ortuño3, 2014) a été décrite récemment suite à une mission d’exploration spéléologique menée par une équipe ibéro-russe entre 2010 et 2013 dans les galeries souterraines de massif de l’Arabika, à l’ouest du Caucase (voir photos ci-contre). Collectés à 60 m de profondeur, les deux spécimens (un mâle et une femelle) ouvrent de nouvelles perspectives sur la connaissance de l’entomofaune cavernicole.

Duvalius abyssimus est la troisième espèce cavernicole du genre décrite dans la région ouest du Caucase. Les deux autres sont : D. miroshnikovi (Belousov & Zamotajlov, 1995), connue des grottes Bariban et Sochi, et du massif d’Alek en Russie ; D. sokolovi (Ljovuschkin, 1963) présente également dans le massif de l’Arabika.

1-Département de biologie et CESAM, Université de Aveiro, Campus de Santiago, 3810-193 Aveiro, Portugal

2- Département de biologie animale, Faculté de Biologie, Université de La Laguna, 38206 La Laguna, Tenerife, Canary Island

3- Département des sciences de la vie, Faculté de Biologie, Université de Alcali, Madrid, Espagne

Ecologie & habitat

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