Monthly Archives: octobre 2016

Savez-vous ce qu’est un parasitoïde ? Si oui, vous savez aussi à quel point leur cycle biologique est fascinant. Si non, vous le saurez bientôt grâce à cet exemple détaillé.

Un article écrit par le spécialiste Pascal Rousse pour Passion-Entomologie, un grand merci à l’auteur d’avoir accepté de partager sa passion pour ces insectes étonnants. Retrouvez la présentation de l’auteur en milieu d’article.

Commençons par une définition en simplifiant un peu et en suivant les notes pour ceux qui aiment la précision. Un parasitoïde, c’est un insecte (1) dont les stades juvéniles vont se développer sur, ou dans un autre animal appelé hôte (2). A la grande différence des parasites, les parasitoïdes tuent obligatoirement leur hôte pour parachever leur développement. Alors qu’au contraire, si un parasite tel qu’un pou, un ténia ou une douve provoque la mort de son hôte définitif, il meurt avec lui.

L’exemple illustré ici est celui d’un parasitoïde dit « koïnobionte« , un parasitoïde qui maintient son hôte en vie et en manipule la physiologie pour assurer le développement de sa propre descendance. L’hôte n’est tué qu’au moment final du développement du parasitoïde. Dans ce type d’interaction longue, le parasitoïde grignote lentement son hôte de l’intérieur, tout en épargnant sciemment ses organes vitaux et en jouant à cache-cache avec son système immunitaire. Et il ira parfois jusqu’à faire de l’hôte mourant le garde du corps de ses tortionnaires.

Femelle adulte de C. glomerata parasitant une chenille de premier stade de P. brassicae sur une feuille de chou (Source : Hans Smids)

Femelle adulte de C. glomerata parasitant une chenille de premier stade de P. brassicae sur une feuille de chou (Source : Hans Smids)

Commençons par une présentation chronologique des acteurs. Au départ, il y a un chou, Brassica oleracea. Ce chou attise l’appétit d’une chenille, la bien nommée piéride du chou Pieris brassicae. Mais cette piéride est elle-même convoitée par un parasitoïde baptisé Cotesia glomerata (3). La photo ci-contre montre comment une femelle de C. glomerata injecte ses oeufs à l’intérieur du corps d’une chenille de premier stade, à l’aide de l’ovipositeur situé à l’extrémité de son abdomen et qui fonctionne à la façon d’une seringue. A partir de ce moment, la chenille est condamnée. Lentement, mais irrémédiablement condamnée.

La suite est superbement mise en scène dans cette vidéo du National Geographic (voir aussi en bas de page). Les jeunes chenilles ont continué leur propre développement, en dévorant des feuilles du chou et en emmagasinant ainsi des réserves qui seront utiles pour le parasitoïde. Plus tard, au moment d’achever leur développement larvaire, les larves de C. glomerata percent la cuticule de la chenille grâce à leurs mandibules puis effectuent leur nymphose à l’extérieur. Curieusement, la chenille semble à peu près indifférente à cette émergence multiple, alors qu’elle est bien vivante comme en témoigne la suite : non seulement elle tisse un cocon de protection autour des nymphes du parasitoïde, mais de surcroît elle les protège par de violents soubresauts contre de nouveaux arrivant qui semblent intéressés par la scène. Que se passe-t-il ?

Ces nouveaux arrivant sont ce que l’on appelle des (suite…)

Interview de Christophe AVON
Directeur du Muséum Associatif d’Histoire Naturelle (MAHN) – Alpes-Maritimes
Entomologiste au Laboratoire d’Entomologie Faune Hypogée et Endogée (LEFHE)
Fondateur de l’organisation « World Archives Sciences » (WAS)
Auteur de la « Nouvelle Monographie des Trechniae »

Christophe AvonL’entomologiste Christophe Avon est un passionné aux activités riches et variées. Spécialiste des coléoptères de la sous-famille des Trechinae, Directeur d’un Muséum d’Histoire Naturelle et fondateur de l’organisation « WAS », Christophe Avon, à l’emploi du temps surchargé, a accepté de répondre avec enthousiasme aux questions de « Passion-Entomologie » qui le remercie de partager cette passion avec les lecteurs.

  • Vous êtes directeur de Muséum Associatif d’Histoire Naturelle (MANH) situé dans les Alpes-Maritimes et vous travaillez au sein du Laboratoire d’Entomologie Faune Hypogée et Endogée (LEFHE), pouvez-vous nous décrire l’organisation de ces structures, les activités menées et les thématiques abordées ?

Il est tout d’abord important de préciser que le Laboratoire d’Entomologie Faune Hypogée et Endogée (LEFHE) existe depuis 1994. Il a donc paradoxalement été créé bien avant le Muséum Associatif d’Histoire Naturelle (MAHN) qui l’accueille aujourd’hui. Il s’agit ici d’étudier la biodiversité des faunes cavernicoles du monde, notamment les coléoptères, leur taxonomie et leur évolution.

Le laboratoire LEFHE publie des monographies techniques qui n’intéressent que très peu le grand public. C’est pour cela que le MAHN a, plus tard, vu le jour.

LEFHE

Laboratoire d’entomologie de LEFHE (Source : Christophe Avon)

Des fossiles vivants aux animaux extraordinaires, lieu d’éveil pour les enfants, lieu d’initiation pour les adultes, mais aussi rendez-vous des zoologistes et entomologistes, le musée donne accès à ses collections : papillons du monde et de Provence, coléoptères exceptionnels, arthropodes archaïques, raretés souterraines, mammifères naturalisés… Les collections du MAHN-84, qui s’appuyaient , à l’origine, sur les dépôts d’espèces types, sont devenues totalement originales et uniques en France grâce à l’importante politique d’acquisition et de travail de terrain menée par le LEFHE. En effet, à partir d’un concept original visant à cerner l’essence même de la biodiversité des régions alpines, subalpines et méditerranéennes, le musée sollicite le visiteur par l’impact sensible émanant des faunes rares, exceptionnelles et diversifiées. Cette volonté s’exprime à travers la présentation d’animaux de formes, de couleur et de moeurs choisies pour leurs adaptations particulières et originales aux divers biotopes de France et d’ailleurs.

L’originalité de ce musée est de s’appuyer surtout sur des espèces essentiellement endémiques servant de références scientifique, historique et esthétique, pour exprimer l’incroyable diversité zoologique jusque dans ses retranchements les plus spectaculaires et souvent les plus représentatifs de l’état de notre planète.

  • Quel a été votre parcours professionnel et en quoi consiste votre travail actuel ?

Mon parcours professionnel en entomologie est simple : j’ai toujours travaillé au sein du laboratoire LEFHE et me suis toujours consacré à la poursuite des travaux et de la monographie des coléoptères Trechinae de René Jeannel (1).

  • Vous avez également créé une organisation : World Archives of Sciences. Pourriez-vous nous raconter cette aventure et expliquer quel est le rôle de cette organisation ?

En 2000, j’ai créé une grande organisation nommée « WAS » pour « World Archives of Sciences » qui est maintenant bien connue du grand public.

Ce projet me tient très à coeur car j’y ai mis, comme vous pouvez l’imaginer, beaucoup de (suite…)