Category: Entomo-Flash

Individu du genre Ornebius (Source : S. Hugel)

Individu du genre Ornebius – famille des Mogoplistidae (Source : S. Hugel)

Les Mogoplistidae constituent une famille basale des grillons dont la plupart des membres ont le corps recouvert de soies aplaties en forme d’écailles. Aucun d’eux n’est capable de voler.

Un genre de Mogoplistidae est particulièrement diversifié : le genre Ornebius qui comprend plus de cent espèces, principalement distribuées dans les régions Indo-Malaisienne, Australienne et Océanienne.

Quelques espèces d’Ornebius ont été sporadiquement décrites de certaines iles du sud ouest de l’Océan Indien : aux Seychelles, à La Réunion, à Maurice, sur certaines iles des Comores. Hormis les Seychelles, ces iles sont d’origine volcanique ; les Ornebius y sont donc parvenus par la mer et y ont évolué en formant des espèces endémiques.

  • Des questions se posent donc : d’où sont venus les ancêtres des Ornebius de ces archipels ? Sont-ils venus en une seule vague, ou en plusieurs vagues distinctes ?
Carte de distribution des différentes espèces de Ornebius dans les iles de l'Océan Indien (REU : Réunion - MAU : Maurice - ROD : Rodrigues - GRA : Grande Comore - MOH : Moheli - ANJ : Anjouan - MAY : Mayotte) (Source : Warren et al., 2016)

Carte de distribution des différentes espèces de Ornebius dans les iles de l’Océan Indien (REU : Réunion – MAU : Maurice – ROD : Rodrigues – GRA : Grande Comore – MOH : Moheli – ANJ : Anjouan – MAY : Mayotte) (Source : Warren et al., 2016)

Aucun Ornebius n’est connu d’Afrique continentale ni de Madagascar qui sont pourtant proches des archipels du sud-ouest de l’Océan Indien. Il est donc peu vraisemblable que l’Afrique continentale ou Madagascar en été le point de départ de la dispersion des Ornebius.

Pour proposer une réponse à cette interrogation, une approche est d’étudier les liens de parenté entre les Ornebius, par exemple en étudiant leur séquence ADN. Cette approche phylogénétique permet de déterminer les espèces les plus proches de celles du sud-ouest de l’Océan Indien, et de voir si les espèces de ces archipels forment un groupe monoplylétique (regroupant tous les descendants de l’espèce ancestrale colonisatrice).

  • Avant le travail de laboratoire, vingt années sur le terrain ! 
Arbre phylogénétique du genre Ornebius réalisé à partir de l'analyse d'ADN mitochondriaux (Source : Warren et al, 2016)

Arbre phylogénétique du genre Ornebius réalisé à partir de l’analyse d’ADN mitochondrial (Source : Warren et al, 2016)

Pour réaliser une étude de phylogénie, il faut disposer d’échantillons d’ADN d’un maximum d’espèces d’Ornebius du sud-ouest de l’Océan Indien, mais aussi d’échantillons d’ADN des Ornebius du reste du monde.

Il a fallu une vingtaine d’années pour récolter les spécimens nécessaires à ce travail, en visitant les Comores, Seychelles, Mascareignes à de très nombreuses reprises.

Ces iles sont relativement pauvres sur le plan acoustique : l’ambiance sonore nocturne des zones préservées y est dominée par les stridulations d’un petit nombre de grillons et de sauterelles. Il est donc facile de repérer « à l’oreille » des chants inconnus. C’est en utilisant cette méthode qu’il a été possible de collecter efficacement des Ornebius sur les iles visitées. Comme chaque espèce d’Ornebius a un chant distinct, cette approche a permis de découvrir de nombreuses espèces nouvelles, mais aussi de mesurer les densités de population et d’évaluer l’impact de différentes méthodes de gestion de réserves naturelles.

  • Une seule colonisation des Mascareignes (Rodrigues, Maurice, Réunion)

Les résultats de la phylogénie moléculaire suggèrent qu’hormis une (suite…)

La capacité de colonisation et d’adaptation des insectes à des milieux extrêmes et des habitats inhospitaliers étonne toujours plus. En témoigne : la découverte d’un coléoptère des profondeurs dans les galeries souterraines Krubera-Voronja du massif de l’Arabika (Caucase). Ce carabique, Duvalius abyssimus, a été collecté par près de 60 m de profondeur lors d’une expédition d’exploration menée par une équipe de spéléologues ibéro-russes entre 2010 et 2013.

Les coléoptères cavernicoles furent, historiquement, les premières espèces adaptées à la vie souterraine décrites. Ces insectes composent une part importante de la biodiversité de ces habitats au fort taux d’endémisme : ils constituent pour cela un modèle d’étude intéressant de l’histoire évolutive et de l’adaptation de ces espèces à ce type d’environnement singulier.

La région du Caucase est à ce titre un hotspot de biodiversité notamment pour les coléoptères Carabidae. Plusieurs genres y sont présents : Jeannelius (Kurnakov, 1959), Meganophthalmus (Kurnakov, 1959), Caucasaphaenops (Belousov, 1999), Taniatrechus (Belousov & Dolzhanski, 1994), Caucasorites (Belousov & Zamotajlov, 1997).

Illustration de Duvalius abyssimus (Source : José Antonia Penas)

Illustration de Duvalius abyssimus (Source : José Antonia Penas)

Le genre Duvalius (Delarouzée, 1859) se rencontre sur l’ensemble de l’aire méditerranéenne jusqu’en Asie. Il rassemble 220 espèces réparties en 9 sous-genres : Biharotrechus (Bokor, 1922), Duvalius s.str., Euduvalius (Jeannel, 1928), Hungarotrechus (Bokor, 1922), Neoduvalius (Muller, 1913), Paraduvalius (Kirsch, 1924), Platyduvalius (Jeannel, 1928), Trechopsis (Peyerimhoff, 1908) et Typhloduvalius (Kirsch, 1980).

Bien que ces espèces présentent des caractères morphologiques externes différents, leur détermination repose sur l’étude de leur genitalia (organes copulatoires mâles). Une révision taxinomique du genre est cependant nécessaire pour éclaircir sa complexité.

Ana Sofia Reboleira dans la grotte de Krubera-Voronja (Source : CESAM)

Ana Sofia Reboleira dans la grotte de Krubera-Voronja (Source : CESAM)

Les genres Duvalius et Trechus sont étroitement apparentés (tribu des Trechini) et présents dans la même région géographique. Les espèces de ces deux genres se différencient par l’étude des genitalia, de l’endophallus (paroi interne de l’organe génital) et de la pubescence des tibias.

Une nouvelle espèce du genre Duvalius : Duvalius abyssimus (Reboleira1,2 & Ortuño3, 2014) a été décrite récemment suite à une mission d’exploration spéléologique menée par une équipe ibéro-russe entre 2010 et 2013 dans les galeries souterraines de massif de l’Arabika, à l’ouest du Caucase (voir photos ci-contre). Collectés à 60 m de profondeur, les deux spécimens (un mâle et une femelle) ouvrent de nouvelles perspectives sur la connaissance de l’entomofaune cavernicole.

Duvalius abyssimus est la troisième espèce cavernicole du genre décrite dans la région ouest du Caucase. Les deux autres sont : D. miroshnikovi (Belousov & Zamotajlov, 1995), connue des grottes Bariban et Sochi, et du massif d’Alek en Russie ; D. sokolovi (Ljovuschkin, 1963) présente également dans le massif de l’Arabika.

1-Département de biologie et CESAM, Université de Aveiro, Campus de Santiago, 3810-193 Aveiro, Portugal

2- Département de biologie animale, Faculté de Biologie, Université de La Laguna, 38206 La Laguna, Tenerife, Canary Island

3- Département des sciences de la vie, Faculté de Biologie, Université de Alcali, Madrid, Espagne

Ecologie & habitat

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L’entomologie emprunte parfois des voies insoupçonnées. Il en va ainsi de ce que l’on définit comme « scarabiasis » (ou « canthariasis » du grec kantharos scarabée et -iasis maladie), une situation qui voit l’intestin temporairement squatté par de petits coléoptères coprophages (qui s’alimentent de matière fécales). Cette pathologie rare, on s’en doute, s’observe de façon ponctuelle sous les tropiques et notamment en Inde ou au Sri Lanka, pays où sont publiées les observations les plus récentes.

Quartier de Bhopal - Inde (Source : Jean-Pierre Dalbéra - Flickr)

Quartier de Bhopal – Inde (Source : Jean-Pierre Dalbéra – Flickr)

Telle par exemple celle de cette Indienne de 4 ans dont les selles contenaient de petits coléoptères noirs d’environ 8mm. L’enfant se plaignait de douleurs péri-ombilicales, était devenue anorexique et vomissait parfois. Aucun autre signe n’était rapporté par l’entourage : ni saignement rectal, ni incontinence fécale, ni ulcères péri-anaux, ni même ballonnement….

Le médecin local la traita par un anti-amibien classique, le métronidazole (Flagyl), et l’adressa à un centre spécialisé. L’interrogatoire révéla que cette fille du Tamil Nadu (un état du sud est de la péninsule indienne) disposait d’une maisonnette au sol cimenté : l’enfant couchait parfois dans un lit mais parfois aussi sur le sol. Turbulente, la fillette jouait souvent sans sous-vêtements devant la maison et il lui arrivait de s’endormir au voisinage de vaches et de leurs déjections…

Il est probable que les larves des coprophages entrent dans l’intestin par le rectum puis bouclent leur cycle larvaire dans le colon avant de s’y métamorphoser en adultes qui s’échappent ensuite avec les selles puis s’envolent : ce cycle est proche de celui qui les voit évoluer dans la matière fécale triturée par leur progénitures, roulée en boule et enfouie dans le sol. L’insecte, quelque soit son stade de développement, se comporte comme un simple ectoparasite et n’agresse pas les tissus. Les signes de l’infestation sont réduits : présence de larves ou d’adultes dans les excréments, ou envol des coléoptères libérés par la défécation. Il est rare que soient signalées des douleurs abdominales, des diarrhées ou des nausées et des vomissements.

Très simple, le traitement repose sur des purges salines qui éliminent les insectes avec les selles. La prévention de cette affection est également basique : hygiène minimale et port de sous-vêtements serrés, notamment durant le sommeil.

On peut noter que la littérature médicale cite aussi le scarabiasis comme concernant de jeunes enfants chez lesquels un coléoptère est entré dans le tractus urinaire, ou comme concernant la présence dans le tube digestif de larves issues de grains ou de farine infestés (par des charançons ou des bouches par exemple).

  • Cas de Myiasis

Plus exceptionnel : une équipe jordanienne a signalé un cas de myiasis (envahissement des tissus vivants par des larves d’insectes, très généralement de diptères) impliquant les larves de deux espèces de coléoptères (Stegobium paniceum et Trogoderma sp.).

Coléoptère coprophage adulte Stegobium paniceum (Source : Wikipedia)

Coléoptère coprophage adulte Stegobium paniceum (Source : Wikipedia)

Coléoptère coprophage au stade larvaire - Stegobium paniceum (Source : Wikipedia)

Coléoptère coprophage au stade larvaire – Stegobium paniceum (Source : Wikipedia)

Jadis déjà…

Le célèbre naturaliste anglais Thomas Muffet (1552-1604) évoquait déjà une femme âgée qui aurait déféqué un gros coléoptère noir (qu’Yves Cambefort estime être probablement un Tenebrionidae). A la même époque, l’Italien Ulisse Aldrovandi (1522-1605) mentionne étonnamment l’ « accouchement » d’un « scarabée » par une femme : sans doute s’agissait-il de quelque coléoptère entré dans le vagin dont il était ressorti le plus naturellement du monde… Enfin, autre siècle et autre orifice, nous pourrions évoquer le coléoptère coincé dans le conduit auditif de l’explorateur anglais John H. Speke (1827-1864), célèbre pour avoir découvert le lac Victoria… mais cela sera une autre histoire !

Bibliographie sommaire :

– Cambefort Y. (1995) : Le scarabée et les dieux : Essai sur la signification symbolique et mythique des coléoptères. Editions Boubée, 224 pages 

– Capinera J.L. (2008) : Encyclopedia of Insects Springer Netherlands, 4346 pages

– Karthikeyan G. et al. (2008) : Scarabiasis. Indian Pediatrics, 45:697-699

– Rajapakse S. (1981) : Beetle marasmus, BMJ, 283:1316-1317

– Smadi R. ; Amr Z.S. ; Katbeth-Bader A. et al. (2014) : Facial myasis and canthariasis associated with the systemic lupus panniculitis : a case report. Int. J. Dermatol. 53(11):1365-1369 (lien)

Un grand nombre d’espèces animales ont développé la capacité à estimer et à déterminer la distance des objets et la profondeur de champ en combinant et en analysant l’information visuelle provenant de l’image perçue par chacun de leurs yeux sous un angle différent : c’est la vision stéréoscopique (aussi appelée 3D). Cette faculté leur procure un avantage certain dans la perception de leur environnement, à la fois pour le déplacement et la capture des proies.

Pour obtenir une image 3D précise, les yeux doivent être positionnés sur un même plan à l’avant de la tête : une organisation que l’on retrouve chez les espèces prédatrices comme les félins ou les rapaces nocturnes, ou également chez les primates.

Autant le fonctionnement de la vision stéréoscopique chez les vertébrés est aujourd’hui bien décrit et compris, autant celui des invertébrés, comme les insectes, demeure lacunaire en raison de la difficulté à mener des expérimentations à leur échelle.

Les deux lignées divergeant phylogénétiquement depuis des centaines de millions d’années, il est probable que le fonctionnement du système visuel des insectes soit fondamentalement différent de celui des vertébrés. Il est donc intéressant de découvrir les différentes solutions mises en place par la sélection naturelle chez ces espèces en réponse à une même contrainte adaptative, compte tenu de la relative simplicité du système nerveux des insectes.

Lunettes 3D placés sur les yeux composés d'une mante-religieuse

Lunettes 3D placés sur les yeux composés d’une mante-religieuse (Source : Gizmodo)

Pour répondre à ces interrogations, une équipe de scientifique anglais et français, menée par Vivek Nityananda de l’Institut de Neuroscience de Newcastle, a entrepris en 2015 des expérimentations consistant à créer un cinéma 3D pour mantes-religieuses !

Après avoir fixé des lunettes 3D sur les yeux composés des insectes (lire cet article) avec de la cire d’abeille (voir photo ci-contre), les scientifiques ont fait défiler des (suite…)

L’un des besoins les plus universels des animaux est d’appréhender l’environnement dans lequel ils vivent pour se déplacer dans des milieux complexes et diversifiés à la recherche de congénères, pour fuir des prédateurs ou encore capturer des proies.

L’acquisition de renseignements peut s’effectuer de diverses manières avec les sens de l’ouïe, du toucher, de l’odorat ou encore de la vision. Cette dernière est celle qui procure le plus d’efficacité pour les insectes diurnes. Pour les insectes nocturnes, d’autres organes sensoriels spécialisés, comme les mécanorécepteurs cuticulaires, placés sur les antennes, les pattes et autres parties du corps, interviennent dans le toucher (contact ou courant d’air) par exemple (lire les articles sur les mécanorécepteurs).

Cicindela hybrida transversalis (Dejean, 1822) (Source : Flickr - Udo Schmidt)

Cicindela hybrida transversalis (Dejean, 1822) (Source : Flickr – Udo Schmidt)

Les espèces prédatrices diurnes possèdent généralement des yeux hypertrophiés et une acuité visuelle très performante développés pour la capture de proies en mouvement. On retrouve ces adaptations chez les libellules (Odonates), les mouches (Diptères) ou encore les Coléoptères comme certaines espèces du genre Cicindela (article sur l’anatomie des yeux des insectes à lire ici). Appelés dans le langage courant « cicindèles », ces insectes appartiennent à la famille des Carabidae et à la sous-famille des Cicindelinae. Toutes les espèces de cicindèles sont prédatrices, certaines nocturnes, d’autres diurnes, et capturent leurs proies en les poursuivant sur le sol par des déplacements très rapides.

Fait étonnant, les cicindèles diurnes réalisent des phases d’arrêt successives à intervalle régulier durant leur course. Il a été démontré que ce comportement résulte de la vitesse à laquelle ces insectes courent. Malgré de grands yeux adaptés pour une vision large et précise, les phases d’accélération sont tellement élevées que leurs récepteurs à photons (photorécepteurs) situés dans leurs yeux ne peuvent en capter suffisamment rendant la vision floue. Des vitesses de 2,4 m par seconde ont pu être relevées, soit 120 fois la longueur de l’insecte. En comparaison, c’est comme si un homme de 1,70 m se déplaçait à 734,4 km par heure, et cela, à la surface du sol !

Donc, afin de visualiser à nouveau précisément la proie et les obstacles de l’environnement qui se trouvent devant lui, l’insecte doit suspendre sa course quelques dizaines de millisecondes pour réaliser une mise au point.

Des études publiées en 2014 par deux scientifiques américains, Daniel B. Zurek et Cole Gilbert, ont démontré que (suite…)

Dans les contrées arctiques et subarctiques, les organismes vivants doivent, durant l’hiver, survivre à des températures extrêmes atteignant parfois les -60°C.

Pour cela, deux stratégies s’offrent à eux :

  • Se protéger du froid afin d’éviter la congélation et donc la mort par éclatement des cellules (augmentation du volume de l’eau lors du gel), ce que font les mammifères, les oiseaux et autres reptiles par exemple
  • Etre tolérant au gel et survivre à des phases de congélation

Des espèces d’insectes, ont, au cours de l’évolution, adopté la deuxième stratégie en développant des adaptations physiologiques particulières leurs permettant d’hiberner dans de telles conditions.

Pour éviter de geler, l’une d’elle consiste à produire et à stocker dans l’organisme des combinaisons de molécules ayant un rôle cryoprotecteur ou de cryoprotection (molécules « antigel »), une autre est de perdre la quasi-totalité de l’eau par déshydratation comme le font les collemboles.

Photo 1 : Cucujus clavipes adulte (Source : Flickr)

Photo 1 : Cucujus clavipes adulte (Source : Brad Smith – Flickr)

Le scolyte rouge (Cucujus clavipes) est un coléoptère de la famille des Cucujidae qui se rencontre en Amérique du Nord (de la Caroline du Nord au cercle arctique) et dont les larves survivent dans la nature à des températures inférieures à -40°C voire -58°C (photo 1 et 2).

Une équipe de scientifiques, menée par l’entomologiste canadien todd Sformo (2010), a réalisé des expériences sur des larves de cette espèce afin d’établir les températures limites auxquelles ces insectes pouvaient survivre et comprendre les mécanismes physiologiques mis en jeu.

Ils ont découvert que 50% des larves avaient survécu à une température de -70°C, 7% d’entres elles à -100°C, battant ainsi le record de survie au froid.

Chez Cucujus clavipes, plusieurs sous-espèces sont réparties géographiquement, dont C. clavipes clavipes à l’est de l’aire de répartition et C. clavipes puniceus à l’ouest. Les larves de cette dernière ont la faculté de survivre à des températures plus basses que la première, certaines d’entres elles ne gelant qu’à des températures de l’ordre de -150°C.

Photo 2 : larve de Cucujus clavipes (Source : C Wood - Flickr)

Photo 2 : larve de Cucujus clavipes (Source : C Wood – Flickr)

Cette exploit est possible grâce à l’utilisation conjointe de molécules « antigel » et de la déshydratation. Ainsi, lorsque l’automne arrive, les larves cessent de s’alimenter, vident leur tube digestif et produisent une grande quantité de molécules « antigel » comme le glycérol. A ce stade, les larves peuvent survivre à des températures de -20°C. Puis, au début de l’hiver, la production et l’accumulation de molécules « antigel » s’accentuent dans l’organisme, ce qui, couplé avec la quasi-déshydratation des tissus, augmente le seuil de survie à -40°C. La concentration en solutés (glycérine et protéines antigel par exemple) qui résulte de ces phénomènes, entraine une élévation de la viscosité des tissus, diminuant encore le seuil à -58°C.

Les larves de Cucujus clavipes, bien qu’elles résistent à de telles températures en laboratoire, ne sont jamais confrontées à des conditions aussi extrêmes dans la nature car elles sont généralement protégées sous une épaisse couche de neige isolante.

Source :

– Sformo T., et al. (2010) : Deep supercooling, vitrification and limited survival to -100°C the Alaskan beetle Cucujus clavipes puniceus (Coleoptera : Cucujidae) larvae – The Journal of Experimental Biology 213:502-509 (lien)

La couleur n’est pas une caractéristique intrinsèque (propre à) des objets et des organismes vivants. Elle dépend du type de récepteurs et du processus de traitement de l’information de celui qui regarde. En effet, un coquelicot, que nous voyons rouge, sera perçu différemment par une abeille qui ne perçoit pas les longueurs d’onde correspondant au rouge mais aux ultra-violet (300-400nm).

Photo 1 : Morpho peleides (Source : Bernard Dupont - Flickr.com)

Photo 1 : Morpho peleides (Source : Bernard Dupont – Flickr.com)

La couleur est générée à partir de la couleur blanche, constituée de l’ensemble du spectre visible (ici, en ce qui concerne les humains), où certaines longueurs d’onde sont éliminées par des pigments (absorption optique) et les autres réfléchies, qui selon leur nature, renvoient une couleur spécifique. Ainsi, un objet qui émet l’ensemble du spectre (aucune absorption) apparaîtra blanc, à l’inverse, si toutes les longueurs d’onde sont absorbées, l’objet apparaîtra noir.

Le processus à l’origine de la production de couleur peut être de deux types : chimique (pigmentaire) ou structurel.

Chez les insectes, les couleurs proviennent de pigments ou de structures présents sur la cuticule, l’épiderme si celle-ci est transparente.

La coloration structurelle la plus connue et la plus étudiée chez les insectes est celle des papillons du genre Morpho (famille des Nymphalidae). Ce sont des papillons d’Amérique du sud et centrale dont la coloration alaire, aux reflets métalliques, s’étend, selon les espèces, d’un bleu pâle à un bleu profond, parfois visible à de grandes distances (voir photo 1 ci-dessus). (suite…)

Nous avons tous déjà vu des fourmis au travail : elles ont la capacité de soulever et de transporter des charges de masse plusieurs fois la leur.

Les deux questions nous qui viennent à l’esprit en général :

  • Combien de fois leur propre masse peuvent-elles déplacer?
  • Comment font-elles?

Depuis des millions d’années, les fourmis mène une vie sociale qui implique le transport et l’approvisionnement de la colonie en aliments. Les processus de sélection naturelle et d’évolution ont donc favorisé le développement d’adaptations morphologiques répondant à ces contraintes.

Vidéo de fourmis champignonnistes (du genre Atta) transportant des morceaux de feuilles – Source Benoît GILLES (pour en savoir plus, lire ces articles : Atta et Mutualisme)

Lorsqu’une fourmi saisit une proie ou un objet, les forces sont transmises des mandibules (la tête) au thorax, du thorax aux pattes puis au sol par l’intermédiaire des tarses. Bien que des études se soient intéressées au système de fixation au sol (les tarses), peu ont été orientées ver l’articulation du cou. Cette articulation subit les forces générées par le déplacement d’une charge.

Une équipe de l’Université de Colombus (Ohio), menée par Vienny Nguyen, s’est donc attaché à décrire les propriétés physiques et structurales de cette articulation.

Pour percer ce secret, les scientifiques ont combiné divers outils d’analyse comme des expérimentations mécaniques (voir illustration 1), de la tomodensitométrie (imagerie à rayon X pour une reconstitution d’un organe en 2D ou 3D), de la microscopie électronique à balayage et de la modélisation informatique chez Formica exsectoides (Famille des Formicidae).

Illustration 1 : A) centrifugeuse (C : caméra

Illustration 1 : A) centrifugeuse (C : caméra – SO : LCD pour mesure de la vitesse – D&SS : capteur de vitesse – CM : moteur de la centrifugeuse); B) Image montrant la vitesse instantanée et la déformation de la fourmi ; C) Fourmi installée avec marqueurs sur le corps (Source : V. Nguyen et al. – 2014)

Leurs résultats montrent tout d’abord que la résistance est maximale lorsque le corps de l’insecte est aligné avec la charge à déplacer. Les tissus de liaison entre la tête et le thorax ont un (suite…)

Pour la plupart des gens, les insectes sont de toutes petites bêtes qui courent, volent ou nagent autour de nous.

Or, quelques espèces présentent des mensurations dépassant largement celles de certains mammifères, oiseaux ou amphibiens!

Record de Longueur
Photo 1 : Datuk Chan Chew avec la femelle Phobaeticus chani au Muséum d'Histoire Naturelle de Londres (Source : Natural History Muséum - 2008)

Photo 1 : Datuk Chan Chew avec la femelle Phobaeticus chani au Muséum d’Histoire Naturelle de Londres (Source : Natural History Muséum – 2008)

Le record de longueur est détenu par un phase femelle de l’espèce Phobaeticus chani (famille des Phasmatidae) : 35,7cm de corps et 56,7cm avec les pattes (voir photo 1). Ce spécimen, offert au Muséum d’Histoire Naturelle de Londres par Datuk Chan Chew (photo), dont le nom a été donné à l’espèce, bat le précédent record de 2,5cm, détenu par une autre espèce du même genre : Phobaeticus kirbyi.

Photo 2 : Oeuf de Phobaeticus chani avec ces excroissances aplaties (Source : Natural History Museum - 2008)

Photo 2 : Oeuf de Phobaeticus chani avec ces excroissances aplaties (Source : Natural History Museum – 2008)

Décrit en 2008, seuls 3 spécimens (2 mâles et 1 femelle) ont été découverts à ce jour dans les forêt tropicales de l’île de Bornéo (état malaisien de Sabah). Vivant dans la canopée (cimes des arbres), son observation est extrêmement difficile. L’écologie et la biologie de cette espèce demeurent inconnues.

Ses oeufs présentent une caractéristiques uniques chez les insectes : deux excroissances aplaties formant des « ailes » situées de chaque coté dont le rôle est d’augmenter la portance lors de la chute après la ponte (photo 2). Ce mécanisme de dispersion par le vent (anémochorie) permet ainsi à l’oeuf de dériver dans l’air pour tomber loin de la zone de ponte, augmentant ainsi les chances de survie de la progéniture. De nombreuses espèces de végétaux, comme l’érable, le tilleul et le pin maritime, ont également développé l’anémochorie comme moyen de propagation.

Record de poids

Le record de poids revient à deux espèces de coléoptères : Titanus giganteus et Goliathus goliathus, des noms plus qu’évocateurs! (suite…)