Le mimétisme acoustique de papillons dans des fourmilières

Découverte d’un mimétisme acoustique utilisé par les chenilles d’un papillon pour tromper les fourmis et obtenir la nourriture et les soins indispensables à leur développement.

Les fourmilières sont des environnements aux conditions thermiques et d’humidité stables où sont stockés des ressources alimentaires (larves de fourmis, nourriture collectée à l’extérieur…) et qui offrent une protection face à la prédation et aux aléas climatiques.

C’est pourquoi, beaucoup d’espèces d’insectes et autres arthropodes (10 000 espèces ont été recensées) ont évolué pour parasiter les nids de fourmis pour y effectuer au moins une partie de leur cycle de développement. Certaines espèces se nourrissent des larves de fourmis et/ou des stocks présents, et d’autres se font directement nourrir par les ouvrières de la colonie. Dans tous les cas, pour ne pas se faire repérer et déjouer la vigilance des fourmis, les clandestins doivent manipuler le système de communication des fourmis.

Les fourmis communiquent entres elles par un ensemble de signaux chimiques, tactiles et sonores (stridulations). Ces différents signaux sont utilisés par les fourmis pour réguler les comportements sociaux (chasse, soin, nourrissage…) et d’échanger des informations entres elles. Depuis de nombreuses années, les scientifiques ont compris comment ces « parasites » manipulent les fourmis à l’aide de sécrétions chimiques similaires à celles produites par l’ensemble des fourmis de la colonie. La difficulté réside dans le fait que chaque espèce de fourmis et chaque colonie possèdent sa propre marque olfactive qui leur permet de se reconnaître ou de distinguer un intrus. Ainsi, des chenilles imitent les sécrétions chimiques émises par les larves de fourmis ayant faim, et qui se font donc nourrir par les ouvrières.

Chenille de papillon du genre Maculinea avec une fourmi ouvrière du genre Myrmica

Chenille de papillon du genre Maculinea avec une fourmi ouvrière du genre Myrmica (Source : Gherlenda/University of Turin, Italy)

Des scientifiques (Barbero et al., 2014) viennent de découvrir un nouveau type de manipulation chez un papillon du genre Maculinea, où les chenilles miment la stridulation des fourmis. Dans de précédentes études, il a été montré que les différentes castes (voir ces articles Atta et Eciton) et notamment la reine émettaient des signaux sonores spécifiques. Les chenilles ont donc développé au cours de l’évolution, la faculté d’émettre les signaux sonores de la reine. L’avantage est que les chenilles obtiennent des rations de nourriture plus importantes et plus de soins que les larves des fourmis, et ce, même en période de pénurie alimentaire!

Ces recherches apportent des informations sur les mécanismes évolutifs à l’origine des relations hôtes-parasites et de leur maintien dans le temps.

Source : Barbero F. ; Cascci L. P. ; Balletto E. & Bonelli S. (2014). Breaking the acoustical code of ants: The social parasite’s pathway. The Journal of the Acoustical Society of America 136 : 2184 (lien)

Benoît GILLES
Chargé de recherche – Entomologiste chez Cycle Farms


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