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Interview de Gérard Duvallet

Entomologiste médical

Professeur émérite à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3, chercheur au Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive (CEFE). Spécialiste des mouches piqueuses (glossines, stomoxes) et des parasites transmis. Il est co-éditeur du traité Entomologie médicale et vétérinaire, IRD Editions/Quae, 2017.

  • Pourriez-vous nous dire quelques mots de votre parcours ?

Ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure (rue d’Ulm), agrégé des Sciences Naturelles, Professeur émérite à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3, je suis chercheur au CEFE (Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive – UMR 5175), et ma spécialité est l’entomologie médicale.

Gérard Duvallet (Source : G. Duvallet)

J’ai passé 21 ans de ma vie – de 1973 à 1994 – en Afrique de l’Ouest, au Burkina Faso, à étudier les glossines (mouche tsé-tsé) (voir photo plus bas dans l’article) et les trypanosomes qu’elles peuvent transmettre (maladie du sommeil chez l’homme et nagana chez l’animal). J’ai été détaché de l’Education Nationale successivement à l’ORSTOM (devenu l’IRD, Institut de Recherche pour le Développement), puis au Ministère de la Coopération, puis au CIRAD (Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement), avant de revenir dans mon corps d’origine. De retour en France, j’ai lancé des recherches sur les mouches piqueuses peu étudiées (les stomoxes et les taons), des recherches que l’on continue de mener en France, en Thaïlande et en Afrique.

Je participe actuellement à un projet ANR (Agence Nationale de Recherche) intitulé FlyScreen, qui cherche à mettre au point de nouveaux outils de lutte non polluante contre ces mouches piqueuses.

Enfin, j’ai été Président de la Société Française de Parasitologie de 2003 à 2007, et je préside actuellement la Société d’Horticulture et d’Histoire naturelle de l’Hérault, ainsi que plusieurs conseils scientifiques.

J’ai publié plus d’une centaine de publications scientifiques dans des revues internationales, et co-édité plusieurs ouvrages.

Page de couverture de « Entomologie médicale et vétérinaire » (Source : G. Duvallet)

Le dernier « Précis d’entomologie médicale et vétérinaire » de F. Rodhain et C. Perez (éditions Maloine), en français, utilisé par des centaines d’étudiants, datait de 1985. Il n’est plus disponible en libraire et les connaissances dans ce domaine ont beaucoup évolué depuis cette époque. Il était donc devenu nécessaire de proposer un nouvel ouvrage, mis à jour, et qui devrait servir de référence aussi longtemps que le précédent. Cela ne pouvait être réalisé qu’en regroupant les meilleurs spécialistes. C’est pourquoi ce nouvel ouvrage est l’oeuvre d’un collectif de 41 auteurs que j’ai eu l’honneur de co-éditer avec mes collègues Vincent Robert et Didier Fontenille.

Cet ouvrage est divisé en trois parties qui envisagent successivement : 1) les concepts de méthodes utilisées en Entomologie médicale et vétérinaire, 2) l’histoire de l’Entomologie médicale et les questions de santé publique et d’environnement, 3) les arthropodes d’importance médicale ou vétérinaire.

L’entomologie médicale et vétérinaire s’entend au sens large, en englobant non seulement les insectes, mais aussi les autres arthropodes qui peuvent poser des problèmes en termes de santé humaine ou animale (les tiques, d’autres acariens, des crustacés). Et il ne s’agit pas de traiter uniquement d’agents infectieux qui peuvent être transmis par des insectes, mais aussi de toutes les nuisances possibles : arthropodes venimeux, allergisants, urticants, vésicants ou simplement nuisants en cas de pullulation.

  • Quelles sont les motivations à écrire une telle somme ?

Les motivations étaient multiples. D’abord actualiser un ouvrage ancien, qui a été utilisé pour la formation de nombreux entomologistes médicaux et vétérinaires francophones. Nécessité donc d’avoir un document à jour des dernières connaissances grâce à la participation des meilleurs spécialistes. Ensuite relancer les formations académiques en Entomologie médicale et vétérinaire, à un moment où, en raison des changements globaux, des insectes et des pathogènes parcourent le monde en quelques heures grâce aux moyens de transports modernes.

L’Institut Pasteur de Paris maintient un cours d’Entomologie médicale, et en a même fait cette année un MOOC qui a un énorme succès au niveau mondiale. L’Université de Montpellier, en association avec l’IRD et l’Université Alassane-Ouattara a Bouaké en Côte d’Ivoire, a créé il y a une dizaine d’année un Master International d’Entomologie médicale et vétérinaire qui forme chaque année une dizaine d’entomologistes médicaux venant d’Afrique, d’Europe, d’Amérique du Sud et de l’Océan Indien.

Cet ouvrage, qui sera distribué gratuitement à ces étudiants grâce au mécénat, constituera un appui fort pour ces formations. Il permettra aussi aux anciens étudiants de maintenir leurs connaissance à niveau. (suite…)

Mission Makay – 2017

Contribuer au financement d’une mission d’exploration scientifique dans le

Massif du Makay – Madagascar

Voici un an, avril 2016, je découvrais, parcourais et explorais une région à la fois isolée, riche d’une biodiversité unique, demeurant encore relativement préservée des pressions anthropiques et peu connue : le Massif du Makay.

Ce voyage au bout du monde, comme éco-volontaire et entomologiste, avec les équipes de Naturevolution, m’a permis de confirmer l’intérêt scientifique d’étudier plus profondément cette région pour agir en faveur de sa préservation. Durant son exploration, j’ai réalisé un travail de collecte d’insectes (entomofaune) dans le but de participer à l’inventaire de la biodiversité.

Du 22 juillet au 12 août 2017, je participe à la mission d’exploration scientifique d’envergure menée par Evrard Wendenbaum, fondateur de l’association Naturevolution et un groupe d’étudiants du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris : La Société des Jeunes Explorateurs.

Pour en découvrir davantage sur le Massif du Makay et le voyage de l’an dernier, suivre ces liens : Mission Makay-2016 ; Compte-rendu 1 ; Compte-rendu 2

Vous pouvez également trouver mon témoignage sur le site de Naturevolution

Objectif de la mission

L’objectif de cette mission est double : 1) réaliser un inventaire de la biodiversité ; 2) récolter des données biologiques et géologiques qui apporteront les connaissances et les preuves scientifiques du caractère exceptionnel et unique de cette région, auprès des autorités malgaches afin que des mesures de préservation et de conservation soient entreprises. Grâce aux précédentes missions menées par Naturevolution, comme celle de 2011 (extrait vidéo ci-dessous), le Massif du Makay fait désormais l’objet d’un statut d’aire protégée.

La mission, pluridisciplinaire, est composée de nombreux spécialistes : botanique, ichtyologique, mammalogie, ornithologie, géologie… et entomologie, dont j’ai la responsabilité (lire ce lien)

Les activités entomologiques consisteront à :

  • Explorer des sites et des écosystèmes peu ou pas étudiés présentant un fort intérêt scientifique comme la canopée, les mares temporaires et isolées, les souterrains (humides et secs) ou encore les grotte à chauve-souris.
  • Collecter un certain nombre de spécimens de diverses familles caractéristiques des différents habitats visités. Remarques : les prélèvements seront limités et raisonnés pour préserver l’équilibre et l’intégrité de populations pouvant parfois être très restreintes
  • Identifier les spécimens et les classer par ordre, famille et sous-famille pour une détermination plus précise auprès de spécialistes au retour de mission (ce travail demandant une expertise et un matériel spécifique, celui-ci ne peut s’effectuer sur place)

    Capture d’une Odonate et prise photo pour détermination ultérieure (Source : © B. GILLES)

  • Conditionner les collectes : les spécimens seront placés dans des tubes avec de l’alcool pour garantir un bon état de conservation, et référencés dans une base de données indiquant les coordonnées GPS, le nom du collecteur, l’habitat et le jour de la collecte. Remarques : les spécimens de grande taille et facilement identifiables comme les Odonates (libellules) ou les Lépidoptères (papillons) seront étudiés uniquement sur photos afin de limiter les prélèvements
  • Inventorier et valoriser : l’ensemble des données collectées durant la mission (nombre d’espèces, répartition, taux de diversité, écologie…) va permettre de compléter l’inventaire et la connaissance de l’entomofaune, valorisable scientifiquement : publications, description possible de nouvelles espèces ; enterrées de communication (vidéos, reportages, exposition, articles de vulgarisation…) ; et en démontrant la richesse biologique unique du Massif auprès des autorités malgaches

Pour en savoir davantage sur les méthodologies de collecte des insectes et leur conditionnement : lire ces articles.  

Comment contribuer ?

Vous portez un intérêt aux problématiques de préservation de l’environment et de la biodiversité, vous vous demandez comment contribuer à votre échelle : cette mission constitue l’occasion de participer à l’un des plus grands défis et enjeux du 21ème siècle !

Pour cela, vous pouvez effectuer un don de plusieurs manières :

  1. Don défiscalisable (66%) : rendez-vous sur le site de ProjetsPlusActions (pour les personnes payant des impôts en France uniquement)
  2. Don direct : Paypal (benoit_gilles@hotmail.fr)
  3. Don de matériels ou autre : pour cela, me contacter directement à cette adresse : passion-entomologie@hotmail.fr

La mission se déroulera du 22 juillet au 12 août 2017 (3 semaines). L’ensemble des frais s’élèvent à 3 000€.

Ils se distribuent ainsi :

  • 1 950€ : logistique, matériels, déplacement sur place
  • 1 100€ : avion (A/R)
Qui suis-je

Passionné depuis toujours par le monde vivant et tout particulièrement par l’entomologie, mon souhait  a été dès mon adolescence d’étudier les insectes et d’explorer les écosystèmes les plus riches de la planète. Mon Master Recherche en entomologie obtenu en 2008 à l’Université de Tours (Institut de Recherche sur la Biologie des Insectes – IRBI), j’ai effectué plusieurs missions scientifiques en France et à l’international : CIRAD-La Réunion, MNHN-Paris, Station des Nourgaues-Guyane française, STRI-Panama (pour en savoir davantage, retrouvez mon CV).

Actuellement je suis chargé de Recherche et Développement en entomologie au sein d’une Start-up dont l’objectif est de valoriser par l’insecte les déchets organiques d’origine végétale (appelés bio-déchets) en protéines animales (insectes) destinées à l’alimentation piscicoles.

Je vous remercie de votre contribution, de votre intérêt à ma passion et mon engagement en faveur de la préservation de l’environnement et de sa biodiversité. 

Vous serez bien évidemment informés des suites de la mission par la publication régulière de comptes-rendus.

Album photos de la mission 2016

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Interview de Yves Carton

capture-decran-2016-11-29-a-22-57-39Directeur de Recherche émérite au CNRS, Yves Carton a travaillé comme généticien au Laboratoire Evolution, Génomes, Comportement, Ecologie du CNRS et de l’Université Paris-Saclay (EGCE). Depuis plusieurs années, il se consacre à l’histoire des sciences, en particulier dans le domaine de l’entomologie et du darwinisme.

Son ouvrage : « Histoire de l’entomologie – Relations entre biologistes français et américains – 1830-1940 » est paru en 2016 aux Editions ISTE, et va recevoir le prix du Duc de Villars de l’Académie des Sciences, Lettres et Arts de Marseille.

Passion-Entomologie souhaite vivement remercier M. Carton d’avoir accepté de répondre à ces quelques questions.

  • Vous êtes Directeur de Recherche émérite au CNRS, diplômé en immunologie et en sérologie, et vous avez travaillé sur l’insecte. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consistait votre travail et quelles étaient les thématiques abordées ?
Yves Carton - Directeur de Recherche émérite au CNRS (Source : Y. Carton)

Yves Carton – Directeur de Recherche émérite au CNRS (Source : Y. Carton)

J’ai été très tôt, au cours de ma thèse, intéressé par l’étude des processus de défense chez les invertébrés. A l’époque, (1963-1968), l’immunité des vertébrés, avec la présence d’anticorps dont la structure avait été récemment décryptée, régnait en maître. Vouloir s’occuper d’invertébrés, dont les défenses ne répondaient à l’époque à aucun critère exigé en immunologie (cellules de type lymphocyte, mémoire immunitaire, présence d’immunoglobulines) était suicidaire. Il était indispensable, pour être crédible, de s’appuyer sur un diplôme d’immunologie, que j’ai acquis à l’Institut Pasteur.

Toutefois, compte tenu du développement technique à l’époque, il était difficile d’analyser la réponse d’un invertébrés, souvent de petite taille, à une agression parasitaire : seule la technique des greffes chez les invertébrés avait un droit de cité pour les immunologistes.

Une traversée du désert de dix ans s’est donc imposée, où il a fallu rechercher les modèles expérimentaux d’insectes les plus adéquats, en attendant l’avénement des techniques de biochimie et de générique moléculaire, adaptées à la petitesse des organismes retenus.

  • Vos modèles d’études étaient la drosophile et des hyménoptères parasitoïdes. Pourquoi avoir mené des recherches sur ces insectes en particulier ? Par passion ou par opportunisme ?
d-melongaster-parasitoide

Drosophila melanogaster et Leptopilina boulardi (Source : Evolveit)

C’est à partir des années 1980, après avoir beaucoup prospecté les modèles potentiels d’insectes parasites pour l’étude de leur immunité (des prospections nombreuses sur le terrain, en général en milieu tropical, m’ont fait découvrir de nombreuses espèces parasitoïdes d’hyménoptères Cynipidae) que j’ai découvert et décrit une espèce parasite de Drosophila melanogaster, Leptopilina boulardi, spécifique de son hôte, et présentant des populations variées, en particulier du point de vue de leur niveau de virulence. Il devenait alors évident de profiter pleinement de l’outil génétique que procurait D. melanogaster.

Un modèle était né, avec un hôte résistant ou sensible et un parasite virulent ou avirulent. Actuellement, cette espèce d’hyménoptère parasite, dont le génome est séquencé, reste un modèle d’étude pour de nombreuses équipes, françaises ou étrangères.

  • Quelles ont été vos découvertes majeures et qu’ont-elles apporté comme connaissances ?
Anthony J. Nappi (1937-2014) (Source : lien)

Anthony J. Nappi (1937-2014) (Source : lien)

J’ai donc pu, avec un tel modèle, rechercher le déterminisme génétique exact de cette résistance chez l’hôte et de la virulence chez le parasite. La découverte majeure a été de montrer que ces deux caractères avaient un déterminisme monogénique (i.e. un seul gène intervenant dans chacun de ces processus). A l’époque, en 1984, j’ai eu la chance de rencontrer un chercheur américain, le Professeur Anthony J. Nappi, de Loyola University (Chicago), qui travaillait exactement sur ce modèle, mais avec des outils de microbiochimie. Une collaboration est née, qui s’est perpétuée sur plus de vingt ans.

En 1998, une collaboration avec une biologiste moléculaire, le Professeur Marylène Poirié (Université de Nice-Sophia-Antipolis), nous a permis d’accéder à la nature du gène de résistance et à sa localisation chromosomique.

  • Qu’est-ce qui vous passionne le plus chez les insectes (biologie, écologie, physiologie…) ?

C’est indéniablement leur diversité, tant au niveau des espèces qu’on niveau infra-spécifique, avec des populations génétiquement différenciées, touchant ainsi du doigt leur adaptation à leur environnement, ou, pour (suite…)

Interview de Pierre-Olivier Maquart
Entomologiste spécialiste des Cerambycidae africains et des Amblypyges
En thèse à l’Université de Stirling – Ecosse
Pierre-Olivier Maquart en Namibie (Source : Victor Brunier)

Pierre-Olivier Maquart en Namibie (Source : Victor Brunier)

Pierre-Olivier Maquart est un naturaliste comme on n’en fait plus, ou plus beaucoup du moins. Chercheur en laboratoire tout autant que baroudeur de terrain, ce véritable mordu du coléo s’est, tout jeune encore, donné les moyens de réaliser son rêve : vivre grandeur nature une entomologie « d’action ». C’est ainsi qu’il a traqué les coléoptères en Europe bien sûr mais aussi en Afrique du sud, en Afrique centrale, en Amérique du sud – et prochainement en Asie du sud-est -, ramenant de nombreux spécimens d’exception et réalisant des observations originales donnant lieu à publications. En véritable « honnête homme » du XXIème siècle, « PO » est aussi un photographe émérite (nous aurons l’occasion de présenter certains de ses clichés prochainement), sachant mettre l’insecte vivant en scène comme il sait photographier avec une infinie précision les longicornes de sa collection personnelle, et un auteur prometteur, soucieux de mettre sa plume  – enfin… son clavier – au service de revues scientifiques ou de vulgarisation. Nous aurons d’ailleurs l’occasion de retrouver prochainement son nom dans ce blog, lorsque nous évoquerons plus en détail certaines de ses découvertes et les anecdotes qui s’y attachent. En attendant, c’est avec une grande spontanéité qu’il a accepté de répondre aux questions de Passion-Entomologie.

  • Comment vous est venu votre intérêt pour l’entomologie ? Quels sont les domaines qui vous attachent ?

Pour être honnête, je ne me rappelle pas ne jamais avoir aimé les insectes… mais je pense que l’évènement le plus marquant fut, alors que j’avais 5 ans, la découverte dans la vitrine d’une pharmacie en Dordogne d’une boite qui contenait des coléoptères. Depuis ce moment, ça a été comme une évidence. J’ai eu la chance de ne jamais avoir à me poser la question de ce que je ferais en grandissant, tant la réponse était évidente : entomologiste ! (au grand dam des conseillers d’orientation au collège pour qui ce métier n’existe pas). Ma mère raconte souvent les moments où je rentrais de l’école avec des araignées mortes pleins les poches. Depuis j’ai continué dans cette voie (l’entomologie je veux dire, pas la chasse aux araignées) et me suis peu à peu spécialisé dans la taxonomie et la biogéographie des Cerambycidae africains et l’étude des Amblypyges. Je pense que je suis fasciné par le peu de connaissance qui entoure ce groupe qui représente pourtant 97% du monde animal. C’est quasiment une terra incognita biologique.

  • Quel cursus avez-vous suivi ?

Chasse de nuit au Ghana… (Source : Thomas Foucart)

J’ai commencé par une Licence de Biologie animale. J’ai eu ma chance de faire mon sixième semestre de Licence en Afrique du sud, à l’Université de Rhodes, où j’ai pu suivre des cours d’entomologie pure et dure ainsi que de Zoologie Africaine. C’était un vrai régal !

Ensuite, je suis parti à l’Université de Rennes 1 pour faire ma première année de Master d’Ecologie Fonctionnelle Comportementale et Evolutive. J’ai fait mon stage à la station biologique de Paimpont sur la nutrition de la mouche aptère de Kerguelen après un jeûne prolongé (entre 3 et 6 mois !).

Je suis ensuite parti à l’Université de Poitiers pour ma deuxième année de Master. J’ai fait mon stage de master en Afrique du sud, au Muséum du Cap, sur la taxonomie et la phylogénie d’un groupe de guêpes afrotropicales.

Maintenant, je suis en deuxième année de thèse à l’Université de Stirling en Ecosse. J’étudie la potentialité de convertir des déchets organiques en utilisant une mouche – la Black Soldier Fly ou Hermetia illucens (Stratiomyidae) pour les intimes. Ses larves serviraient de source de protéines renouvelable et écologique pour les Tilapia en Asie et en Afrique de l’ouest.

  • Vous avez pratiqué l’entomologie de terrain dans diverses régions du monde, pourriez-vous nous-en dire plus ?

Depuis tout petit, j’ai toujours rêvé d’exploration. Des voyages de Livingstone, à ceux de Burton et Speake, ou plus récemment du radeau des cimes (lire cet interview), je suis fasciné par les voyages naturalistes.

Une chasse sportive en Afrique du sud... (Source : Marion Gohier)

Une chasse sportive en Afrique du sud… (Source : Marion Gohier)

J’ai eu la chance de partir en Guyane française pendant un mois lorsque j’avais 17 ans pour aller capturer des insectes, puis de résider plusieurs mois en Afrique australe & orientale, ainsi qu’à La Réunion. Cela m’a permis d’apprendre à m’adapter à des conditions à chaque fois différentes, souvent rudes, mais aussi de rencontrer les insectes in natura. Loin des boites à insectes, l’observation directe est évidemment beaucoup plus gratifiante, et permet de comprendre bien mieux leur mode de vie. Les données biologiques associées à ces observations sont aussi précieuses que les spécimens eux-mêmes. Aller chasser en Afrique australe m’a permis de découvrir des insectes extraordinaires, bien souvent endémiques, et quelques fois nouveaux ou très peu connus. J’ai rapporté de mes voyages beaucoup de spécimens, et ai eu la chance de découvrir quelques espèces nouvelles dans le lot, et énormément d’espèces non recensées pour les pays que j’ai visités.

C’est très excitant de se dire que l’insecte que l’on observe est peut être inconnu pour la science. Ce sentiment de découverte est un véritable moteur pour moi. Et pourtant, loin de l’aspect scientifique, je dois avouer que chaque insecte épinglé a pour moi une importance personnelle, puisqu’il est bien souvent associé à un souvenir particulier…

  •  Ces voyages ont surement été propices aux aventures… : avez-vous un ou deux souvenirs entomologiques plus marquants ?

Ancylonotus tribulus (Source : Insecte.org – Cliché : P. Deschamps – Bénin)

La première fois que j’ai rencontré un couple d’Ancylonotus tribulus – un longicorne très épineux – sur un caféier. L’espèce est très courante en Afrique de l’ouest, mais c’était la première fois que j’en rencontrais un vivant. J’étais comme un gamin devant un magasin de Lego. J’ai passé une bonne demi-heure avec une lampe frontale à les observer. Lorsque j’ai décidé de les capturer, n’ayant pas de boite et encore moins de gants sous la main, je les ai pris à pleine main. Les insectes se sont défendus férocement, plantant vigoureusement leurs épines dans mes doigts. Leur technique de défense a tellement bien marché, que je les ai laissé tranquille… efficace !

Je me rappelle également par exemple une journée de chasse sur les plages du Cap de Bonne Espérance avec Candice Owen, qui préparait son doctorat, à la recherche d’une guêpe aptère minuscule, prédatrice d’araignées, vivant à l’intérieur de coquilles d’huitres. Cette guêpe est endémique à quelques plages du Cap oriental. C’est un insecte absolument génial et qui m’a fasciné dès qu’on m’en a parlé ! Nous avons retourné la moitié de la plage pour trouver quelques spécimens. C’était vraiment super de rencontrer cette minuscule bestiole après autant d’efforts. Les gens ont dû nous prendre pour des fous !

Mais il y a encore énormément d’insectes et d’arthropodes que je rêve de croiser « en vrai » tels que les (suite…)

Sur la piste direction le massif du Makay - avril 2016 (Source : B. GILLES)

Sur la piste direction le massif du Makay – avril 2016 (Source : © B. GILLES)

Ma mission d’exploration d’avril 2016 dans le massif du Makay (à découvrir ici), menée par Naturevolution et ProjetsPlusActions, avait pour objectif de collecter des insectes afin d’inventorier l’entomo-faune de cette région dont la connaissance demeure encore lacunaire (Mon témoignage sur le site de Naturevolution : ici).

Dans un premier compte-rendu publié en mai (à lire ici) présentant le déroulement et les ressentis de ce voyage au bout du monde, j’expliquais l’important travail de détermination des spécimens devant être entrepris auprès de spécialistes mondiaux des différentes familles, un projet nécessitant plusieurs mois. Ce nouveau compte-rendu a pour objet de faire un point d’étape sur ce travail.

Durant l’été, les spécimens ont été classés par familles et sous-familles (lorsque cela était possible), et les entomologistes intéressés et disponibles pour mener les déterminations contactés.

Voici l’inventaire, non exhaustif, des principales familles collectées et identifiées à ce jour, sur 146 échantillons au total (plusieurs individus d’une même espèce ont parfois été conditionnés ensemble dans un même tube).

Ainsi, des échantillons ont été récemment envoyés aux spécialistes suivants :

  • Hans R. Feijen – Biologiste au Département de Zoologie terrestre de Leiden (Pays-Bas) et spécialiste des mouches Diopsidae de Madagascar
  • Christophe Girod – spécialiste des Dermaptères africains (perce-oreille)
  • Eric Guilbert – Maître de conférence au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris (MNHN), Institut de Systématique, Evolution et Biodiversité, et spécialiste des Hétéroptères Tingidae
  • Sylvain Hugel – Neurobiologie au CNRS et spécialiste des Orthoptères (retrouvez une interview ici)
  • Pierre-Olivier Maquart – Doctorat à l’Université de Stirling (Ecosse) et spécialiste des Cerambycidae africains (une interview sera prochainement publiée)
  • Claire Villemant – Chercheuse au MNHN et spécialiste des Hyménoptères
Inventaire, non exhaustif, des différentes familles collectées et identifiées (Source : B. GILLES-2016)

Inventaire, non exhaustif, des différentes familles collectées et identifiées (Source : B. GILLES-2016)

Les Formicidae sont étudiées par moi-même dans un premier temps pour ensuite, si des données se révèlent intéressantes, être confirmées par Brian Fisher, spécialiste californien des fourmis.

De nombreux autres spécimens ne sont pour l’heure pas encore en phase de détermination : leur étude se fera dans les mois à venir. En effet, en raison de la faible connaissance de l’entomo-faune malgache, de l’absence de classification pour de nombreuses familles et d’une carence en spécialistes, la détermination de nombreux spécimens reste impossible.

Dans l’attente d’un retour des spécimens et des premiers résultats, voici un album photo de la mission Makay 2016…

  • Vous pouvez également lire mon témoignage sur le site de Naturevolution : ici.

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Recommandation d’ouvrage et DVD sur cette thématique

Makay : A la découverte du dernier Eden (Evrard Wendenbaum – Editions de La Martinière – 173 pages – 17 novembre 2011)

Makay, les aventuriers du monde perdu [Blu-ray 3D] (Evrard Wendenbaum & Pierre Stine – 98mn – 14 décembre 2011)

De retour du massif du Makay depuis le 1er mai : ce compte-rendu est posté tardivement, veuillez m’en excuser, en raison d’un changement de vie professionnelle qui a suivi aussitôt (toujours dans les insectes), laissant peu de place pour vous narrer cette aventure au bout du monde – qui existe vraiment, je le confirme ! –

L’aventure débute le dimanche 10 avril lorsque les équipes de Naturevolution nous récupèrent à l’hôtel Jacaranda dans le centre d’Antananarivo : direction Antsirabé, pour une nuit au Soa GuestHouse. Suit une journée de 12h de route (au confort incertain) en 4×4 afin de rallier la ville de Ranohira 521km plus au sud. Après une courte nuit au Momo Trek, destination le village de Beroroha qui nécessitera 13h de piste et la traversée de la rivière Mangoky, à l’aide d’une embarcation de fortune. Enfin, le lendemain (mercredi) en fin d’après-midi et après encore quelques heures de pistes, nous voici dans le village de Beronono, aux portes du massif du Makay que l’on a en visuel !

Arbres brûlés après le passage d'un feu de brousse - route de Beronono (Source : © B. GILLES)

Arbres brûlés après le passage d’un feu de brousse – route de Beronono (Source : © B. GILLES)

Premier constat, bien que la région soit éloignée et difficile d’accès, les pressions anthropiques, notamment les feux de brousse, sont visibles et grignotent peu à peu la forêt au détriment d’une savane à perte de vue. Les populations indigènes utilisent la technique du brulis pour favoriser la repousse de jeunes tiges d’herbacées dont se nourrissent leurs zébus. L’absence de contrôle et la sécheresse favorisent la propagation des flammes sur des kilomètres carrés et des jours durant.

Une fois pénétré dans le massif du Makay, à pied dorénavant, se dévoile une nature à la fois riche, sauvage et unique, préservée au sein d’un labyrinthe rocheux qui-impénétrable aux paysages époustouflants et saisissants ! Chaque journée de marche apporte son lot de découvertes, d’émerveillement, d’observations d’une faune et d’une flore rares mais aussi des échanges humains riches et amicaux avec des personnes du groupe et les populations locales.

Pénétrant toujours plus profondément au fil des jours, en suivant les guides, se profile à l’horizon le camp de Naturevolution, situé sur la rive droite de la rivière Menapanda, à 4h de marche du village de Stivoko. Il sera notre base pour les 5 prochains jours.

Panorama de la rivière Menapanda, du camp de base et du labyrinthe rocheux du Makay (Source : © B. GILLES)

Panorama de la rivière Menapanda, du camp de base et du labyrinthe rocheux du Makay (Source : © B. GILLES)

Durant ces quelques jours coupés du monde, l’exploration de canyons toujours plus étroits, profonds et humides, et de sommets toujours plus hauts et secs, est une expérience intense autant sur le plan physique qu’émotionnel : le spectacle qu’offre la nature est simplement grandiose. Il nous été donné l’opportunité de partir deux jours en exploration, dont une nuit à la belle étoile, avec le strict minimum. Dormir dans cette nature, dont on ressent à la fois la force et la vulnérabilité, renforce la sensation d’être réellement au bout du monde et de vivre un moment rare et exceptionnel.

Après un séjour de deux jours dans le village de Stivoko et une mémorable partie de foot avec les enfants, le retour débute le mardi 26 avril. Une dernière nuit sur les berges sableuses de la Mangoky puis le monde moderne revient peu à peu : Ranohira, Antsirabé et enfin Antananarivo le 29 avril.

Le sentiment est ambigu : heureux d’avoir pu vivre cette aventure incroyable mais également triste de quitter une ambiance, une équipe et une nature aussi captivante.

La réadaptation au monde moderne fut un peu difficile : plusieurs kilos en moins, un esprit en partie resté dans le Makay, reprise d’une vie où la notion de temps prend tout son sens.

Capture d'une Odonate et prise photo pour détermination ultérieure (Source : © B. GILLES)

Capture d’une Odonate et prise photo pour détermination ultérieure (Source : © B. GILLES)

Ma mission, comme entomologiste, était de collecter l’entomofaune croisée au cours de notre passage dans les sites reculés du massif du Makay. En raison d’une saison sèche précoce, les criquets migrateurs, déjà en vol, avait un mois d’avance, et une période de pleine lune tout au long du séjour, les conditions environnementales et climatiques étaient au final, hélas, peu favorables à la présence d’une grande diversité d’insectes. Cependant, ce sont près de 200 spécimens de plusieurs ordres et familles (Hemiptera, Diptera, Carabidae, Formicidae, Vespidae…) qui ont pu être collectés.

Le massif du Makay demeurant dans sa majorité peu étudié, offre une possible opportunité d’apporter des données inédites pour la science.

Un long travail reste à réaliser : description des individus et détermination des espèces, avec l’espoir de découvrir de nouvelles espèces, puis publication des résultats.

Pour cela, des scientifiques et des passionnés d’entomologie, spécialistes des familles collectées et de la faune de Madagascar, vont apporter leur compétences et contribution à ce projet. L’inventaire est en cours et les premières études des spécimens pourront débuter dans les prochaines semaines.

Vous serez informés du déroulement de ce travail.

  • Découvrez le second compte rendu ici.
  • Retrouvez mon témoignage sur le site de Naturevolution

Je souhaite remercier l’ensemble des personnes qui ont apporté leur aide, soutien, confiance et professionnalisme à la réalisation de cette mission d’exploration, de cette aventure et m’ont ainsi permis de vivre cette expérience à la fois scientifique et humaine. Votre contribution va permettre aux acteurs engagés sur place : Naturevolution et ProjetsPlusActions, d’oeuvrer à la préservation de cette région et de soutenir le développement socio-économique et éco-touristique des populations locales.

Un grand merci à tous !

Benoît GILLES

Album photos

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  • Fournisseurs de tubes de collecte : OPIE & Pierre DELOBEL – INRA Montpellier
Recommandation d’ouvrage et DVD sur cette thématique 

– Makay : A la découverte du dernier Eden (Evrard Wendenbaum – Editions de La Martinière – 173 pages – 17 novembre 2011)

– Makay, les aventuriers du monde perdu [Blu-ray 3D] (Evrard Wendenbaum & Pierre Stine – 98mn – 14 décembre 2011)

Marius BREDON - Etudiant en entomologie - Université de Tours

Marius BREDON – entomologiste – Université de Tours (Source : Marius BREDON)

Continuant à présenter des passionnés d’insectes encore partants ou déjà plus confirmés, Passion-Entomologie a rencontré un entomologiste également captivé par la terrariophilie et le retrogaming – un domaine moins exploré par notre blog -. Marius a 24 ans et d’excellentes connaissances acquises sur le terrain comme en laboratoire. Qui sait, peut-être le rencontrerez-vous par quelque belle journée d’été dans la vallée de la Loire et ses environs, aux alentours d’Angers, de Candé ou de Mauges-sur-Loire, accompagné de son inséparable Nikon.

Un grand merci à Marius, diplômé du Master 2 Ecologie Comportementale, Biodiversité et Evolution à l’Université François Rabelais de Tours (lien), d’avoir accepté de répondre avec enthousiasme aux questions de Passion-Entomologie.

Marius mène en ce moment des travaux sur le parasitisme chez les insectes sociaux…

  • Marius, comment vous est venue cette passion pour l’entomologie et pour la photographie ?

Je me passionne pour les insectes et les arthropodes en général depuis que je suis tout petit : en fait, je n’ai jamais cessé de soulever les cailloux ni de fouiller l’herbe dans l’espoir d’y voir quelque chose bouger. Cependant, ma passion a connu un véritable tournant quand j’ai commencé à élever des arthropodes de toutes sortes et de tous horizons (des coléoptères, des fourmis et des myriapodes en terrariums ont envahi ma chambre et la maison !).

Ma passion pour la photo est venue plus tard, avec l’acquisition de mon premier reflex (un Nikon D40 et son fameux 18-55mm, un souvenir toujours aussi vivace !). La bascule vers la macrophotographie s’est alors faite naturellement et m’a permis de conjuguer mes plaisirs.

Son site internet ici.

  • Quel type de matériel photographique vous accompagne sur le terrain ?

J’utilise désormais un Nikon D300 équipé d’un Nikon AF-S 60mm micro f/2.8. Le 60mm offre des bokeh (ie des flous artistiques d’arrière-plan) correspondant à ma sensibilité : j’y accorde énormément d’importance, plus parfois même qu’au sujet qu’il valorise énormément et qu’il inscrit dans un contexte très esthétique. Mais j’ai toujours hésité à prendre un 105mm AF VR f/2.8 de Nikon pour le confort qu’il offre. A 60mm il s’avère parfois compliqué de photographier certains sujets, la distance entre eux et l’objectif pouvant se révéler contraignante… (suite…)

Coléoptères du monde : une encyclopédie
Editions Delachaux & Niestlé

en vente depuis le 7 avril 2016

Les coléoptères deviennent de véritables vedettes : cet ordre incroyablement diversifié et adapté à d’innombrables milieux fédère quelque 400 000 espèces décrites, dont la biologie est souvent d’une stupéfiante sophistication, qui déclinent une hallucinante diversité d’architectures, de colorations et de corpulences, allant de quelques dixièmes de millimètres aux quelques cent gramme d’un imposant Goliathus africain.

C’est une équipe d’entomologistes associant Canadiens, Américains et Néo-Zélandais, orchestrée par Patrice Bouchard (Ottawa), que l’on doit cet ouvrage (« The Book of Beetles« ) imposant, voire fascinant, remarquablement illustré, qui invite à (re)découvrir les coléoptères : toutes les familles ou presque y ont en effet été conviées, chaque espèce retenue étant photographiée en taille réelle et agrandie de façon à en livrer les détails aussi infimes que somptueux. La version française (« Coléoptères du monde : une encyclopédie« ) a été réalisée par Denis Richard, entomologiste et naturaliste, auteur connu également comme traducteur de nombreux ouvrages consacrés à la nature ou aux jardins – notamment aux éditions Delachaux.

Et ce que nous y découvrons ne peut manquer de nous étonner (une fois de plus dans l’univers des insectes !) : tel gros charançon de Nouvelle-Guinée (Gymnopholus lichenifer, littéralement « celui qui porte du lichen ») véhicule sur ses élytres un microcosme associant lichens, nématodes et acariens ; certains ténébrionidés supportent quant à eux des températures descendant à moins de -60°C (lire cet article) ; l’étonnante femelle de Platerodrilus korinchianus, un Lycidae de la péninsule malaisienne, évoque étonnamment une sorte de trilobite ; Hypocephalus armatus fouit la terre brésilienne à l’image d’une courtilière (il a fait récemment l’objet d’une note sur ce blog)… Bref, la somme que propose Patrice Bouchard et ses collègues permet de faire connaissance avec quelque 600 espèces toutes emblématiques par l’un ou l’autre de leurs traits, toutes magnifiquement illustrées, toutes attachantes, admirées ou redoutées…

En un mot, si cette « bible » des coléoptères a de quoi séduire le coléoptériste confirmé comme l’entomologiste novice, elle saura également retenir l’attention de tout naturaliste ou, simplement, de quiconque se montre curieux de l’incroyable génie du vivant qu’elle concoure à sublimer. Il est donc naturel qu’elle trouve une place méritée auprès des lecteurs de « Passion-entomologie » …

Benoît GILLES

Pour vous procurer les ouvrages évoqués ici, suivez les liens en bas de cet article.

 


 

Interview de Patrice BOUCHARD – PhD
Chercheur en entomologie
Professeur auxiliaire à l’Université d’Ottawa
Conservateur de la section des Coléoptères (Collection nationale canadienne d’insectes, arachnides et nématodes)
Patrice BOUCHARD dans le désert de Namibie lors d'une expédition récente à la recherche de Tenebrionidae (Source : P. BOUCHARD)

Patrice BOUCHARD – Désert de Namibie (Source : P. BOUCHARD)

« Passion-Entomologie » remercie vivement Patrice Bouchard d’avoir accepté avec gentillesse de répondre à quelques questions et de nous faire ainsi partager sa passion pour les insectes.

  • Patrice, d’où tenez-vous cette passion pour l’entomologie en général, et plus particulièrement pour les coléoptères ?

Je suis passionné de nature depuis mon plus jeune âge. Dès lors, je savais qu’un jour je deviendrai biologiste mais c’est seulement à l’université que j’ai décidé de me concentrer sur l’entomologie. Au début, j’ai étudié plusieurs groupes d’insectes pour ma maitrise et c’est durant ces deux années que j’ai jugé que les coléoptères sont vraiment les plus « cools » ! Leur grande diversité (biologique et morphologique) est tout à fait passionnante et ce groupe offre un nombre époustouflant de défis à relever… (suite…)

Interview de Nicolas MOULIN
Entomologiste indépendant
Bureau d’étude et d’expertise en entomologie

 

154345_487296362146_4497670_nNicolas MOULIN est un jeune entomologiste indépendant qui a créé son bureau d’étude et d’expertise en entomologie il y a 9 ans. Vous pourrez découvrir ces activités très riches à cette adresse : http://www.nmentomo.fr

Je souhaite remercier Nicolas d’avoir accepté de répondre à mes questions, de sa réactivité, de son enthousiasme et de sa gentillesse. Nicolas nous fait ainsi découvrir une autre manière de vivre de l’entomologie.

  • Bonjour Nicolas, peux-tu nous présenter qui tu es et d’où tu viens ?

J’ai 34 ans, je suis entomologiste à mon compte depuis 9 ans (avec un ou deux salariés depuis 5 ans). Je suis originaire de Paris et maintenant rouennais d’adoption à cause d’une thèse non financée et de choix à faire dans la vie de ma compagne.

  • D’où te vient ta passion pour l’entomologie, et qu’est-ce qui t’intéresse chez les insectes ?

Cette passion m’est venue il y a bien longtemps alors que j’allais en vacances à la campagne dans le Limousin chez mes grands-parents maternels. Ma grand-mère était fascinée par les papillons et en épinglait quelques-uns. J’ai pris le virus en courant la campagne et en écumant les sentiers de montagnes des Alpes avec mes parents, ainsi que les rochers d’escalade.

Chez les insectes, leur diversité et leur capacité d’adaptation m’étonnent toujours.

  • Tu as fait de ta passion un métier, c’est une réelle chance. Explique nous en quoi il consiste et quelles sont les différentes activités que tu réalises et que tu proposes. Travailles-tu seul ou en collaboration avec d’autres entomologistes, bureaux d’études et/ou collectivités ?

C’est une chance… Oui car je vis de ma passion. Mais je suis entrepreneur… Et ce n’est pas facile tous les jours.

Nicolas MOULIN au cours d'un atelier Entomo au Parc National de Lopé - Gabon (2014) (Source : Barbara EVRARD)

Nicolas MOULIN au cours d’un atelier Entomo au Parc National de Lopé – Gabon (2014) (Source : Barbara EVRARD – Université de Rouen)

Mon entreprise propose principalement des services d’expertises, de suivis d’espèces/populations, de diagnostics et d’études d’impact. Elle propose aussi des formations en entomologie et en création d’entreprise dans le domaine de l’environnement. Enfin, quelques animations nous permettent de se raccrocher aux humains et de ne pas rester seuls avec nos chers insectes.

Comme je le disais, j’ai travaillé seul les quatre premières années. J’ai eu plusieurs salariés avant de stabiliser mes collaborations avec une collaboratrice très douée. J’en suis réellement satisfait et nous travaillons bien ensemble (je crois !).

Nous sommes tout autant disposés à travailler seuls qu’en collaboration avec des bureaux d’études, des instituts de recherche, des collectivités locales. Ce sont les marchés publics qui (suite…)

Interview de Henri-Pierre ABERLENC
Entomologiste au CIRAD
Campus de Baillarguet – Montferrier-sur-lez

Henri-Pierre ABERLENC est un entomologiste travaillant au sein du CIRAD, il est naturaliste, taxonomiste et spécialiste des espèces tropicales.

Je remercie Henri-Pierre ABERLENC d’avoir répondu avec autant d’enthousiasme à mes questions et de nous offrir cette interview vraiment passionnante.

  • Vous êtes ingénieur entomologiste pour le CIRAD et au sein du CBGP, pouvez-vous nous présenter l’organisation et le rôle de ces structures ?

Le CIRAD (Centre International de Recherche Agronomique pour le Développement) est un institut français public de recherche agronomique, principalement (mais pas exclusivement) dans les régions tropicales. Il a des agents dans de nombreux pays, une administration parisienne et un centre de recherche à Montpellier. Le CBGP (Centre de Biologie pour la Gestion des Populations) est une UMR (Unité Mixte de Recherche) basée à Montpellier qui rassemble des chercheurs, des ingénieurs, et des techniciens de l’INRA, de l’IRD, du CIRAD et de Montpellier SupAgro. On y mène des recherches scientifiques pointues sur des organismes d’intérêt agronomique (espèces invasives, ravageurs, auxiliaires…) ou sur des problématiques de biodiversité et de phylogénie. En tant qu’entomologiste au CIRAD, nous sommes avec mes collègues détachés au CBGP.

  • Depuis combien de temps travaillez-vous pour le CIRAD? Quel a été votre parcours?

Je suis entomologiste au CIRAD depuis 1982. Mon parcours a été atypique et je ne crois pas qu’il serait encore possible aujourd’hui, car désormais tout est calibré dans des filières académiques, règles, lois et procédures encore non contraignantes ou impensables il y a une trentaine d’années. Pour ce genre de parcours (devenir un chercheur scientifique moderne), il faut être matheux et avoir un formatage et une mentalité qui me sont étrangers.

Henri-Pierre ABERLENC (Source : CIRAD)

Henri-Pierre ABERLENC (Source : CIRAD)

Comme Obelix, je suis tombé dans la marmite quand j’étais petit : je ne pourrais imaginer ma vie sans que l’entomologie y tienne sa part, une part importante mais pas exclusive, car je m’intéresse à trop de choses pour pouvoir me cantonner à une seule ! (c’est d’ailleurs le cas en entomologie : je ne cesse de toucher à tout, et à trop embrasser je ne me suis jamais spécialisé). L’entomologie est une « violente amour », et l’enthousiasme de mes 11 ans remonte très vite à la surface dès que je tombe sur une nouvelle merveille ! Trop hédoniste et n’ayant jamais été matheux, je n’ai pu faire d’études scientifiques, malgré des notes excellentes en Biologie et Géologie et passables en Chimie.

J’ai donc été recruté comme technicien par le patron (Philippe BRUNEAU DE MIRE, un naturaliste complet comme on n’en voit guère) du laboratoire de faunistique (où l’on faisait de l’identification d’insectes) après qu’il ait testé mes connaissances et mon savoir-faire entomologiques. Heureux temps où un patron de labo pouvait recruter lui-même dans son équipe un non diplômé après l’avoir jaugé sur le plan humain et sur ses seules compétences, et non comme maintenant selon ses diplômes et via un jury et via une procédure rigide sensée être neutre et équitable (mais aux dés souvent pipés en sous-main en réalité). Ensuite, j’ai beaucoup appris sur le tas et j’ai pu (suite…)