Catégorie : Interview d’entomologistes

  • Les Mantodea de Guyane – Par Nicolas Moulin

    Les Mantodea de Guyane – Par Nicolas Moulin

    Par Benoît GILLES
    Page de couverture – Mantodea de Guyane (Publications scientifiques du Museum)

    Découvrez un ouvrage incontournable sur les mantes de Guyane, des prédateurs fascinants aux formes et comportements étonnants ! Avec 78 espèces recensées, ce livre offre une synthèse inédite sur leur diversité, leur distribution et leur écologie encore largement méconnue.

    Un travail scientifique rigoureux issu de plus de 10 ans de collectes et d’analyses pour constituer une base de données fiable et actuelle, une révision taxonomique approfondie des espèces de Guyane et une collaboration avec des entomologistes locaux pour enrichir les connaissances sur leur répartition et leur biologie

    Il s’agit d’un guide complet et illustré proposant :

    • Une introduction détaillée sur la biologie et les méthodes d’observation
    • Des clés de détermination bilingues (français/anglais)
    • Des fiches descriptives précises avec photos en collection et in natura
    • Des détails morphologiques et génitalia pour une identification rigoureuse
    • Une analyse des lacunes scientifiques et perspectives pour la recherche

     

    À qui s’adresse cet ouvrage ?
    Aux naturalistes, entomologistes amateurs et professionnels, gestionnaires d’espaces naturels et à tous les passionnés de biodiversité !

    Pour vous procurer l’ouvrage : c’est ici 


    Interview de l’auteur

    Pourquoi rédiger un tel ouvrage ?

    Historiquement, il n’y a que très peu d’ouvrages sur les mantes. Le plus détaillé va avoir un siècle, Giglio-Tos, 1927. Les livres actuels sont souvent des catalogues, des livres sur l’écologie ou la biologie. Des travaux équivalents ont récemment été réalisés sur les mantes du bassin méditerranéen et sur la Tunisie. Finalement, documenter un insecte charismatique qui me passionne sur un territoire français ultramarin était une évidence pour moi. Je voulais combler un manque pour les naturalistes. A partir du 29 janvier, ils seront incollables dans les sentiers des forêts et des savanes de Guyane. J’espère également que l’ensemble des données utilisées pour cet ouvrage permettront d’évaluer la patrimonialité de certaines espèces, voire de réfléchir à des statuts de protection ou de listes Rouge UICN.

    Tu es donc spécialiste des Mantodea, qu’est-ce qui te fascine chez ces insectes ?

    Exemple de clé de détermination des Mantes

    De nombreuses facettes qui les caractérisent me fascinent : leur morphologie avec cette capacité à se fondre dans le décors, à l’image des phasmes. Sauf qu’elles sont de l’autre côté de la barrière, ce sont des prédatrices insatiables. Si vous les observez bien… vous vous rendrez compte que ce sont elles qui ont déjà un œil sur vous avec leur tête qui pivote en tous sens. Ce sont également des insectes à métamorphose incomplète et j’ai toujours apprécié les regarder muer, grandir, se transformer.

    Peux-tu nous raconter ton parcours et des activités rapidement ?

    Très rapidement : j’ai un BAC+5 en écologie/environnement obtenu au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN). Depuis janvier 2007, je gère mon entreprise d’expert indépendant en entomologie. J’ai parcouru de nombreuses contrées sur la planète à courir après les insectes, en particulier, les mantes. Ces diverses aventures m’ont permis de rejoindre la Société des Explorateurs Français (lien) et d’être attaché honoraire du MNHN. De temps en temps, je me risque à candidater à des postes dans des domaines proches dans l’idée de quitter le monde difficile de l’indépendance… au prix de ma liberté… J’y réfléchi.

    Quels sont tes prochains projets ?

    Exemple de fiche espèce

    Mes prochains projets sont encore tournés vers les Antilles :
    J’ai écrit et je gère un projet nommé POLLICAN qui se veut de mettre en place et développer un protocole de suivi des insectes pollinisateurs en canopée des forêts tropicales. Ce projet démarre cette année et deux plateformes – L’Epiphyte – vont être placées dans des arbres émergents en Guadeloupe et Martinique. (https://inpn.mnhn.fr/actualites/lire/15961/ )
    J’attends également des réponses pour vadrouiller dans des lieux inaccessibles du nord de la Martinique afin de collecter des papillons de nuit qui compléteront la bibliothèque de référence de codes-barres ADN en cours de production (lien).
    Je participe aussi à de nombreux festivals d’aventure et scientifiques lorsque je fais la promotion de mes livres ou de mes films documentaires.

    Peux-tu nous raconter une anecdote en lien avec une découverte d’une nouvelle espèce ?

    J’ai arpenté durant de nombreuses années la forêt tropicale du sud-ouest de la République Centrafricaine, ainsi que la canopée des forêts qui la couvrent encore en partie. En 2012, alors que ma fille ainée allait arriver quelques mois plus tard, j’ai passé un mois en forêt pour une mission d’inventaire de la biodiversité dans un lieu magnifique, reculé de tout et parsemé de lacs. A 4 jours de rapatriement, nous étions dans un autre monde. Là-bas, j’ai collecté des mantes (évidemment) dont un article est paru en 2017 (lien). En rentrant, je me suis rendu compte, à l’aide des outils de taxonomie intégrative, que j’avais à faire à une nouvelle espèce de mantes pour la science. Elle ressemble à une fleur. Je l’ai nommé Chlidonoptera roxanae, en l’honneur de ma première fille qui était arrivée (la recherche scientifique prend toujours son temps).


    L’auteur

    Passionné par l’entomologie et les écosystèmes tropicaux, Nicolas Moulin s’est spécialisé dans l’étude des Mantodea, un groupe d’insectes prédateurs fascinants. Pendant plus de dix ans, il a mené des recherches approfondies sur les mantes de Guyane, collectant et analysant des données pour combler les lacunes scientifiques existantes.

    Son travail repose sur une approche rigoureuse et multidisciplinaire, combinant révision taxonomique, études de terrain, et collaboration avec un réseau d’entomologistes locaux. Son objectif est de mieux comprendre la diversité, la distribution et la biologie des espèces de mantes dans les forêts tropicales d’Amérique du Sud.

    Dans son ouvrage Les Mantodea de Guyane, il propose une synthèse inédite de ses recherches, avec une description détaillée des 78 espèces recensées, des clés de détermination bilingues (français/anglais), ainsi que des illustrations précises facilitant l’identification.

    Son travail constitue une référence essentielle pour les naturalistes, entomologistes, chercheurs et gestionnaires d’espaces naturels, contribuant ainsi à la conservation et à la protection de la biodiversité guyanaise.


    Pour agrandir les photos : cliquer dessus !!
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  • Les Coléoptères du bassin genevois – Editions 2024 – Mickaël Blanc & Céline Rochet

    Les Coléoptères du bassin genevois – Editions 2024 – Mickaël Blanc & Céline Rochet

    Par Lionel Valladeres

    Enfin un ouvrage qui ne se cantonne pas à une région administrative, mais qui traite de l’entomofaune d’un secteur géographique, le bassin genevois.

    Ce territoire franco-suisse, encadré au nord et à l’ouest par le Jura et les Alpes au sud, se situe à la fois sur les départements de la Haute-Savoie, de l’Ain et les cantons de Genève et de Vaud. Bordé par le lac Léman, son sommet (Crêt de la Neige) culmine à 1 720 m. d’altitude. Relief, climat et végétation ont contribué à la présence d’une biodiversité riche et variée.

    Destiné au grand public comme aux professionnels, cet ouvrage est le quatrième de la collection « Faune Genève », série consacrée à la faune sauvage du genevois français et suisse, dont l’objectif principal étant de rassembler et de valoriser les données récoltées par les citoyens et les spécialistes locaux.

    Après une introduction, remarquablement argumentée, abordant des généralités sur les Coléoptères, les auteurs présentent le contexte biogéographique et la méthodologie utilisée, avant de dresser les portraits des grands noms des coléoptéristes régionaux.

    Cet ouvrage n’est pas un guide d’identification, mais un catalogue des Coléoptères les plus remarquables peuplant le bassin genevois.

    Les 67 espèces exposées ont été scrupuleusement sélectionnées parmi les 5 000 recensées à ce jour dans la région. Chacune d’entre elles fait l’objet d’informations précises sur leur écologie, leur biologie, leur aire de répartition, le statut des populations, leur habitat, leur stade larvaire ainsi que sur la conservation de leur milieu.

    Certaines ont été choisies pour leur intérêt patrimonial, d’autres pour la diversité de leurs formes ou pour l’originalité de leurs mœurs.

    Aboutissement d’un colossal travail de collecte d’informations mené sur plusieurs années, cet ouvrage inédit est aussi un beau livre, richement illustré, destiné à sensibiliser le grand public sur la richesse et la beauté des Coléoptères, ainsi que sur les menaces et les enjeux de conservation des milieux qui les abritent.

    Mais son approche scientifique qui s’appuie sur une riche bibliographie constitue également un document de référence indispensable aux gestionnaires des espaces naturels.

    On soulignera la qualité des photographies qui accompagnent chaque chapitre, dont une grande majorité sont des auteurs.


    Pour se procurer l’ouvrage : suivre ce lien

    Les auteurs

    Mickaël Blanc est un entomologiste de terrain passionné, spécialiste de l’entomofaune locale. Il est collaborateur scientifique au département d’entomologie du Muséum d’histoire naturelle de Genève et entomologiste au « Bureau Noctua ». Mickaël est aussi spécialiste des Coléoptères xylophages et des Coléoptères aquatiques, ainsi que des Elateridae, Eucnemidae et Throscidae, et compte de nombreuses publications scientifiques à son actif.

    Céline Rochet est biologiste au Pôle invertébrés du bassin genevois (PIBG).

     

  • Nouvelle édition « Des plantes et leurs insectes » – B. Didier & H. Guyot

    Nouvelle édition « Des plantes et leurs insectes » – B. Didier & H. Guyot

    Par Benoît GILLES

    Vous souhaitez découvrir la diversité des insectes de votre jardin, leur offrir un habitat qui leur soit favorable, et en apprendre davantage sur les interactions entre les fleurs de votre jardin et les insectes qui viennent y butiner ? 

    L’ouvrage « Des plantes et leurs insectes » de Didier Bruno et de Hervé Guyot (nouvelle édition – 23 mai 2024 – Quae Editions) offre une approche originale en associant une description à la fois des plantes et des insectes qui en dépendent. Il apporte ainsi des outils indispensables pour apprendre à reconnaître plusieurs centaines d’espèces d’insectes et à découvrir leur écologie et leur cycle biologique. 

    Pour ces raisons, cet ouvrage sera tout aussi bien utile dans le jardin, lors de promenade naturaliste et pour les amoureux des plantes ! 

     


    Interview des auteurs

    • Une nouvelle édition « Des plantes et leurs insectes » vient de paraitre. Pourquoi cette réédition

    Pour le comprendre il faut revenir à la genèse de cet ouvrage. Il a été compilé à partir d’une série d’articles parus dans la revue Insectes de l’Office Pour les Insectes et leur Environnement (OPIE), qui proposent une approche originale : on décrit une plante ou un groupe de plantes et avec les espèces d’insectes qui lui sont liées et on aborde plusieurs types de milieux : plantes des jardins et des champs, vergers, haies et forêts, avec du vrai texte, des tableaux synthétiques, beaucoup d’illustrations.

    Très peu de publications ont fait ce type de synthèse pour le grand public.

    L’ouvrage était épuisé et une demande persistait. L’idée était de proposer aussi une version avec une nouvelle mise en pages, un format légèrement plus grand permettant de travailler sur les nombreuses photos et des les mettre mieux en valeur.

    • De plus en plus, il est évoqué la nécessité de la végétalisation en ville, des couverts végétaux en agriculture, de préserver la biodiversité, pouvez-vous nous expliquer l’importance des interactions entre les plantes et les insectes

    Très précisément, la biodiversité ne se limite pas à un seul type d’organisme, les plantes d’un côté, les insectes de l’autre et encore à part, les oiseaux ou les batraciens…

    Si on veut apprendre, comprendre et préserver l’environnement, la nature, on ne peut pas faire abstraction des relations entre tous. Dans le cas des plantes et des insectes, on se trouve en bas de la pyramide alimentaire et leurs disponibilités régissent en grande partie tous les étages supérieurs de la biosphère. Avec nous en haut. D’un point de vue biologique les relations entre ces deux groupes ont été façonnées au fil de plus de 400 millions d’années d’évolution. Elles ont parfois atteint un degré d’interdépendance très élevé.

    • Avez-vous un exemple d’interrelation originale entre des fleurs et leurs insectes ?  

    Pour rester dans notre environnement immédiat, on peut prendre par exemple l’exemple des galles. Prenons le fameux bédégar cette galle chevelue qui se développe sur les églantiers. Elle est provoquée par la piqûre d’une micro-guêpe qui dépose ses œufs dans les limbes des jeunes feuilles. Ces galles par la suite vont être également colonisées par des dizaines d’autres insectes, parasites ou simples opportunistes.

    Autre exemple, les cigariers, qui sont de petits coléoptères du groupe des charançons, utilisent très spécifiquement les feuilles de certains arbres qu’ils roulent en forme de cigare pour y déposer leurs œufs. Il y a le cigarier du noisetier, celui du bouleau, du peuplier, etc. Même sous l’eau : les donacies, encore des coléoptères, des chrysomèles, ont des larves aquatiques qui respirent en perforant les tiges des plantes aquatiques et en allant chercher l’air dans les canaux aérifères de ces plantes.

     

    • Pour les lecteurs qui souhaitent renforcer les populations et la diversité des insectes dans leurs jardins ou leurs espaces cultivés, quels conseils donneriez-vous

    La diversité et les niveaux de population d’insectes dans notre environnement sont directement corrélés à ceux des plantes dans tous leurs états phénologiques. Ainsi pour favoriser la présence et la reproduction des insectes dans son jardin, il faut avant tout proposer le gite et le couvert au maximum d’états de développement d’un maximum d’espèces.

    À quoi bon livrer profusion de fleurs nectarifères aux pollinisateurs s’il n’y a aucun abri pour qu’ils y stockent des réservent pour leurs larves (les abeilles solitaires ne s’installeront pas…) ou aucune plante alimentaire de leurs chenilles dans la périphérie (les papillons ne seront que de passage…) ?

    À quoi bon laisser pousser les herbes folles si c’est pour les réduire toutes d’un coup de tonte sans laisser une chance aux chenilles de terminer leur développement…

    Pour permettre aux insectes de s’installer durablement dans son jardin, il faut proposer de la diversité de milieux (rocaille, sable, plan d’eau, bois mort, compost, zones végétalisées…), d’essences végétales autochtones naturelles (niveaux herbacés à arborés…) ainsi que dans les types de gestion (zones sauvages entrecoupées de zones entretenues, gestion différentiée, tonte tardive…).

    En définitive, il suffit de laisser revenir la nature spontanément en favorisant la création de milieux variés puis de la canaliser ponctuellement au gré de vos goûts et vos envies !


    Pour se procurer l’ouvrage : Des plantes et leurs insectes  (Didier BRUNO – Hervé GUYOT – 2ème édition – 23 mai 2024 – 262 page – Quae Edition)


    Autres sites sur le même sujet : 

  • « Insectes », le nouvel ouvrage de Henri-Pierre Aberlenc – Interview de l’auteur

    « Insectes », le nouvel ouvrage de Henri-Pierre Aberlenc – Interview de l’auteur

    Par Benoît GILLES

    Avec la parution du nouvel ouvrage des Editions Museo, Henri-Pierre Aberlenc, avec la collaboration de Laurence Ollivier et de Jean-Claude Beaucornu, nous offre une nouvelle fois l’opportunité de découvrir le monde des insectes et de sa diversité. Il nous présente 41 espèces à l’aide de magnifiques photos et d’un descriptif sur l’écologie et les particularité de chacune d’elle. 

    Pour vous procurer l’ouvrage : Insectes

    Interview de l’auteur

    Vous êtes l’auteur principal de ce nouvel ouvrage fascinant, pouvez-vous nous raconter sa genèse ?

    Le « Delvaberl » (Les Insectes du Monde) est un gros livre qui, à mon grand regret, impressionne trop de personnes qui se sentent inhibées pour l’aborder (interview de l’auteur). Les éditions Muséo m’ont proposé de faire un mini livre d’accès facile, qui pourrait désinhiber le lecteur, et lui donner envie de sauter le pas et d’aborder ensuite le Delvaberl. 

    Mais ce petit livre se suffit aussi à lui-même, ce n’est pas seulement une introduction à l’autre !

    J’ai repris un certain nombre de figures du Delvaberl, mais avec la satisfaction de les proposer cette fois en format pleine page, alors que par nécessité (il y a plus de 5 000 figures au total dans les planches du Delvaberl !) elles avaient été publiées sous forme de vignettes de petit format, ce qui ne les mettait pas assez en valeur. Et j’ai ajouté des photos encore inédites.

    L’ouvrage met en avant certaines espèces, sur quels critères avez choisi celles-ci parmi les millions d’espèces connues ?

    Hum ! Le choix a été dicté par des considérations pragmatiques et esthétiques très éloignées de tout critère biologique ! J’ai choisi des illustrations parmi celles que j’avais déjà, qui me plaisaient, il fallait des figures libres de droit, et leur nombre a été imposé par les dimensions du livre…

    Quel rôle ont joué Laurence Olivier, Jan-Claude Beaucornu, Axel Bourdonné et Laurent Soldati ?

    J’ai repris les belles photos de Laurence Ollivier (le Dynaste pris sur le vif en Equateur) (figure 1) et de Laurent Soldati (une splendide photo d’un Doryphore), ainsi qu’un très beau dessin de tête de puce par Jean-Claude Beaucournu.

    Axel Boudonné est un jeune entomologiste talentueux, qui m’a succédé au labo d’entomologie du Cirad au CBGP à Montpellier après mon départ à la retraite. Je lui ai proposé de publier quelques-unes de ses photos et il a accepté avec plaisir.

    Figure 1 : Coleoptera Dynastinae
    Les photos sont d’une incroyable qualité et beauté, pouvez-vous expliquer quel est le matériel et les techniques nécessaires pour obtenir ce type de rendu ?

    Les dessins ont été faits à l’encre de Chine sur un support grattable (carte à gratter ou calque). 
    A part la photo du Dynaste, toutes les photos ont été faites avec un système multifocus. Pour les « grosses » espèces (de plus d’1 cm), on a utilisé un reflex macro monté sur un statif de reproduction, et fusionné la pile d’images obtenues avec le logiciel Helicon Focus (par exemple le grand hydrophile).

    En photo, la difficulté est dans l’art de faire un bon éclairage ! Après les tubes fluorescents, j’emploie désormais des lampes flexibles à leds (pour un bon rendu chromatique, il faut toujours mesurer la balance des blancs !) avec des réflecteurs en papier blanc et du papier calque et/ou du plastique translucide tout autour de la bestiole pour obtenir une lumière diffusée douce. C’est indispensable pour les bestioles à coloration « métallique » !

    Cela me rappelle une anecdote. J’ai publié des planches de Buprestes en 2006 dans le volume 92 de la « Faune de Madagascar ». J’avais travaillé les photos avec Photoshop en ayant les échantillons (bien éclairés) sous les yeux, pour être le plus fidèle possible aux couleurs réelles. Et un collègue, qui avait toujours vu ce type des bestioles avec un mauvais éclairage, m’a reproché d’avoir trop saturé les photos !

    Pour les « petites » espèces (d’environ 1 cm et au-dessous), on a utilisé un système multifocus vendu complet (microscope + objectif(s) + caméra + éclairage + système logiciel), pour les plus anciennes avec Entovision (par exemple le Doryphore), pour les plus récentes avec Keyence (par exemple le Chryside – figure 2).
    Ce dernier appareil permet de faire des photos fabuleuses, où on voit davantage de détails qu’avec les meilleures loupes bino ! Hélas Keyence est très cher (des dizaines de milliers d’euros) et réservé à des laboratoires et des entreprises, c’est hors de portée pour l’amateur, sauf s’il est richissime… Keyence ferait un tabac s’il sortait un modèle simplifié « grand public » à bon marché avec un système de vente à crédit !

    Figure 2 : Hymenoptera Chrysididae
    Il y a tant à dire sur chacune de ces espèces, le travail de synthèse des textes n’a pas du être évident, quels sont les informations que vous avez souhaité mettre en avant ? 

    Les mini-monographies qui accompagnent chaque espèce présentée m’ont demandé chacune une petite enquête, et j’y ai ajouté quelques observations de mon cru. Le résultat est très inégal. Dans certains cas, il y avait tant à raconter sur la biologie que j’ai du à mon grand regret raccourcir le texte pour des raisons de place !

    Dans bien d’autres cas, on ne trouve aucune donnée sur la biologie des espèces, même pas la plante-hôte, on n’a accès qu’à la répartition géographique, et encore en très gros traits ! 

    En vérité, on ignore presque tout de la biologie de la majorité du million d’espèces décrites…

    Parmi toutes ces espèces, quelle est pour vous l’espèce la plus incroyable, pourquoi ?

    Le Languride mimétique du Staphylin est assez extraordinaire (figures 3 et 4), mais la biologie des Gyrins n’est pas mal non plus ! Les solutions du vivant sont tellement sophistiquées et élégantes ! 
    Les élytres du Languride, qui recouvrent l’abdomen, imitent la coloration des élytres raccourcis du Staphylin et de son abdomen, c’est du trompe-l’oeil raffiné !
    Et les performances des gyrins sont à couper le souffle … les découvrir a été pour moi une révélation – et je n’ai pas eu la place de tout dire !

    Figure 3 : Coleoptera Staphylinidae
    Figure 4 : Coleoptera Erotylidae Languriinae
    Pour finir, auriez-vous une anecdote à raconter à nos lecteurs à propos de cet ouvrage ?

    Pour le Delvaberl, j’ai travaillé pendant 9 mois avec l’excellent Diptériste Michel Martinez pour faire avec lui et sous sa direction les illustrations de son chapitre consacré aux mouches (chapitre d’ailleurs remarquable et novateur, que je recommande)

    Cela a été pour moi, coléoptériste invétéré, une révélation : les Diptères sont incroyablement beaux (malgré les apparences) et intéressants ! J’ai donc tenu à partager cette découverte avec les lecteurs, en proposant des mouches (photographiées au Keyence) que je trouve très belles… mais idéalement il aurait fallu tirer ces photos au format poster (tant elles ont de pixels) ! (figure 5)

    Figure 5 : Diptera – Heleomizydae


    Pour vous procurer l’ouvrage : Insectes

    Autres articles de l’auteur à (re)découvrir !

     

  • Insectoïdus de Mathilde Magnan

    Insectoïdus de Mathilde Magnan

    Par Benoît GILLES

    Mathilde Magnan, illustratrice et graphiste pour l’édition et la presse, nous propose de découvrir son nouvel ouvrage consacré aux insectes : « Insectoïdus« .

    Préfacé par Bruno Didier, rédacteur en chef de la revue Insectes (Office pour les Insectes et leur Environnement – OPIE), cet ouvrage offre un regard singulier sur 15 espèces en associant dessins humoristiques d’hybrides mi-mécaniques et mi-animaux et descriptions naturalistes et scientifiques (anatomie, biologie, moeurs, etc.), une belle idée cadeau pour les petits et les grands !

    Mathilde Magnan est illustratrice er graphiste pour Terre vivante et le magazine Les 4 saisons.


    Pour ce procurer l’ouvrage : « Insectoïdus » – Editions Terre Vivante – 17 octobre 2023 – 104 pages – Insectoidus

    Interview de l’auteure
    • Vous venez de publier « Insectoïdus », pouvez-nous expliquer la genèse de cet ouvrage

    C’est un projet que je peaufine depuis 2019. Cela devait juste être un bestiaire illustré d’insectes fabuleux au départ, à partir de noms d’insectes réels, mais qui s’est étoffé peu à peu au fil des rencontres ces dernières années.

    Il y a d’abord eu les illustrations des véritables insectes qui répondaient aux hybrides, l’élaboration des textes imaginaires et les croquis qui sont venus les illustrer puis la partie “pour de vrai” qui explique succinctement la vie de ces insectes réels, mais aussi le pourquoi du comment sur leurs noms, aussi bien vernaculaires que latins.

    • Le monde des insectes est extrêmement vaste, qu’est-ce qui vous a passionné en dessinant et en écrivant ce livre ?

    Je pense que c’est la diversité de leur adaptation de comportements et biologique, que ce soit pour les larves, les imagos, les pontes, les accouplements… Je me suis beaucoup documentée sur un grand nombre de caractéristiques d’insectes et d’araignées différentes pour nourrir mes insectes imaginaires, j’ai réalisé plusieurs mélanges, aussi bien dans les textes que dans les illustrations. Beaucoup d’insectes réels n’ont rien à envier à ceux que j’ai inventés !

    • Votre regard sur les insectes a-t-il changé suite à ce travail ?

    Oui et non. J’avais déjà beaucoup de curiosité à leur égard, je dirai que de faire ce livre m’a aussi amenée à essayer de sensibiliser les lecteurs au monde l’entomologie. Grâce à l’imaginaire, ils en arrivent à s’intéresser au réel, et si possible à en prendre soin !!

     

     

    • Quelle est l’espèce qui a été la plus intéressante, et celle qui a été la plus difficile à dessiner ?

    Je ne sais pas s’il y en a une en particulier. Cependant, j’ai vraiment apprécié de chercher l’origine de leurs noms, pour certains c’était une évidence aussi bien en français qu’en latin, pour d’autres ce fut plus ardu (comme le Silphe tristesse, la Mégère et le Satyre ou l’Horloge de la mort). Bruno Didier, rédacteur en chef de la revue Insectes de l’OPIE, m’a bien aidé pour ces recherches ! 

    Pour l’espèce la plus difficile à dessiner, je dirais que celles possédant des ailes on été compliquées, aussi bien imaginaires que réelles, ailes de papillons, de libellules ou d’abeilles. La difficulté réside dans le fait de rester très précis tout en gardant les bonnes proportions de chaque détail.

    • Avez-vous une anecdote à nous raconter en lien avec la rédaction de « Insectoïdus » ?

    Je me suis amusé à inventer tous ces textes, et de découvrir certaines choses, comme le fait qu’il existe un mot latin juste pour dire “la douleur des envies aux doigts”, et un véritable concours de cracheurs de bigorneaux à Moguériec ! J’ai également pris un malin plaisir à inventer les noms latins des espèces d’insectes imaginaires, certains ont été plus évident que d’autres, aucun d’eux n’a été créé au hasard !


    Pour ce procurer l’ouvrage : « Insectoïdus » – Editions Terre Vivante – 17 octobre 2023 – 104 pages – Insectoidus

    Exemples de planches du livre


    Autres ouvrages en entomologie
  • Interview : Jérémy Desplanques

    Interview : Jérémy Desplanques

    Par Benoît GILLES
    • Vous travaillez au sein de l’association Areflec, pouvez-vous nous présenter celle-ci et les actions qui y sont menées ?

    L’AREFLEC est l’Association de Recherche et d’Expérimentation sur les Fruits et LEgumes en Corse créée à l’initiative des producteurs régionaux de fruits et légumes en 1982. Cette association loi 1901 à but non lucratif œuvre en interaction avec les différents acteurs de la filière fruits et légumes : organisations de producteurs, associations (maraîchers, filière bio etc..), Chambre d’Agriculture, pépiniéristes, producteurs etc…

    Les travaux de l’Areflec s’organisent autour de trois secteurs : la recherche appliquée dans le domaine de l’expérimentation au travers d’essais en protection des cultures (lutte biologique, protection intégrée, lutte par augmentation consistant à relâcher des auxiliaires dans les cultures, etc.) et en agronomie (développement d’itinéraires culturaux reposant sur un enchainement logique et ordonné d’interventions techniques, essais variétaux, production de graines et conservation des fruits).

    L’association s’est aussi orientée vers la production d’insectes auxiliaires (coccinelles et guêpes parasitoïdes) à destination des producteurs ou encore vers la production de matériel végétal certifié pour les pépiniéristes avec des plants d’agrumes, d’oliviers et de noisetiers.

    • Sur quelles thématiques portent vos recherches et vos études ? 
    Jérémy Desplanques – Areflec

    Mon domaine d’activité est principalement orienté vers la protection intégrée des cultures et le développement de nouvelles méthodes de luttes alternatives aux pesticides. Issu d’une formation initialement tournée vers l’écologie et l’environnement, j’ai poursuivi sur un cursus en agronomie avec une spécialisation en protection des cultures au cours de mes stages. J’ai d’abord travaillé sur un champignon tellurique (présent dans le sol) à l’origine de pertes de rendement en culture de tournesol.

    L’objectif était de tester l’impact de l’intégration dans le sol de couverts végétaux de Brassicacées (moutarde, radis, navet) sur le développement du champignon sur le tournesol. Toutes les crucifères ont dans leurs cellules des molécules qui, une fois broyées, subissent une réaction chimique et donnent une nouvelle molécule biocide pour le champignon : c’est le principe de la biofumigation.

    Par la suite je me suis intéressé à la lutte contre certains insectes ravageurs via la confusion sexuelle. Cette technique consiste à diffuser en grande quantité dans un verger ou une parcelle la phéromone sexuelle utilisée par les femelles pour attirer les mâles. Ainsi, ceux-ci perçoivent ce signal de toutes parts et sont incapables de retrouver les femelles et donc de s’accoupler. J’ai aussi travaillé sur le développement de pièges à partir d’attractifs naturels (macérat de plantes, levures, décoction de gingembre, etc.…).

    • L’un des principaux ravageurs des vergers d’agrumes et fruits à noyaux en Corse est la mouche Ceratitis capitata, quelles sont les caractéristiques de cet insecte ?

    Ceratitis capitata (Tephritidae) (figure 1) fait partie des principaux ravageurs au monde (lien). Originaire d’Afrique subsaharienne, elle est aujourd’hui présente sur les cinq continents dans de nombreux pays et est responsable de pertes de rendement importantes sur de nombreux fruits cultivés : pêches, nectarines, abricots, clémentines, oranges, figues, kaki, etc….

    Figure 1 : Ceratitis capitata femelle sur une pêche (Source : Benoit Cailleret)

    Après accouplement, la femelle pond sous la cuticule des fruits. La ponte s’échelonne sur plusieurs semaines et elle peut pondre entre 100 et 800 œufs au cours de sa vie. Les œufs mettent quelques jours pour éclore (cela dépend de la température) et les larves se développent en se nourrissant de la chair ou de la pulpe du fruit, le rendant impropre à la consommation ou à la commercialisation : ce sont elles qui sont ravageurs.

    Les larves ayant atteint leur dernier stade s’extirpent du fruit et se laissent tomber au sol pour se nymphoser. Elles s’enfoncent de quelques centimètres pour se transformer en pupe. Au bout de quelques semaines (1 semaine en été, 3-4 en automne), de nouveaux adultes émergeront du sol. Ces derniers seront sexuellement matures environ 5 jours après leur émergence et le cycle redémarre.

    • Quels sont les impacts et les menaces de sa présence en Corse en termes écologiques et socio-économiques ?

    Ces mouches natives de l’Afrique se développent de façon optimale à des températures situées autour de 25°C. A des latitudes tempérées, Ceratitis capitata y trouve son compte, son cycle de reproduction et de ponte s’interrompt en fin d’automne / début d’hiver mais reprend dès la hausse des températures au printemps avec l’émergences des adultes. Sur le pourtour méditerranéen et notamment en Corse, les hivers sont relativement doux ce qui permet à la cératite de boucler son cycle d’avril à janvier. Les principales cultures en corse sont les agrumes et les fruits à noyaux, autant d’hôtes pour Ceratitis capitata : pomélos et oranges, ensuite abricots, pêches et nectarines en été (figure 5), puis figue et clémentine à l’automne (figure 2), et retour sur les oranges et pomélos en hiver si les températures sont clémentes…

    Cette diversité d’hôtes répartis sur l’année la rend difficile à maitriser avec le maillage de culture présent en Corse.

    Figure 2 : C. capitata femelle sur une clémentine (Source : Benoit Cailleret)
    • L’une des méthodes de lutte développée par l’Areflec contre  capitataest la Technique de l’Insecte Stérile (TIS), en quoi consiste-t-elle ?

    La Technique de l’Insecte Stérile (TIS) est une méthode de lutte biologique dite autocide. Elle a été utilisée pour la première fois avec succès sur la Lucilie bouchère ou mouche à viande (Cochliomyia hominivorax) qui pondait dans les chairs des mammifères dont l’homme…

    La TIS consiste à faire rentrer massivement et régulièrement dans l’écosystème des mâles stérilisés de l’espèce cible (figure 3). Pour cela, il faut disposer d’un élevage industriel avec une souche où l’on peut différencier les mâles et les femelles au stade de pupe. Une fois que les pupes mâles ont été sélectionnées, les pupes sont irradiées afin de les rendre stérile. Les adultes qui en émergent sont capables de se nourrir, voler, se reproduire mais le sperme libéré lors de l’accouplement sera stérile. Suit une ponte avec des œufs non fécondés et une baisse mécanique de la population.

    Figure 3 : Schéma expliquant la technique de l’insecte stérile (Source : J. Desplanques)
    • Où en sont vos recherches ? Pensez-vous pouvoir contrôler les populations de cette espèce ?

    Malheureusement, il ne suffit pas de lâcher des mâles stériles pour régler le problème. Plusieurs facteurs rentrent en compte : la qualité des mâles impactés par l’irradiation (durée de vie, dispersion, compétitivité par rapport aux mâles sauvages, etc…), le paysage (zone de production très fragmentée, haies servant de foyers, jardins particuliers), implication des producteurs.

    Figure 4 : Test en laboratoire de la souche stérile de C. capitata (Source : B. Cailleret)

    Pour le moment nous en sommes encore à la phase d’appropriation de la méthode (figure 4). Un essai pilote a été initié en 2020 pour caractériser les populations sauvages sur un bassin de production, déterminer les surfaces de production de chaque culture, prendre contact avec les producteurs. Les premiers lâchers ont débuté en 2022 (faute d’avoir les autorisations gouvernementales en 2021) à raison de 300.000 mâles stériles par semaine d’avril à décembre. Après une première année d’essai, des modifications ont été apportées au dispositif pour l’améliorer en 2023.

    L’objectif ici est dans un premier temps de s’assurer qu’on arrive à faire diminuer les populations sur une zone pilote. Si nous y arrivons, le projet sera de voir comment impliquer les différents acteurs de la filière (organisations de producteurs, coopératives, pouvoirs publics) dans le but de pouvoir déployer la TIS à l’échelle du territoire.

    Aujourd’hui la TIS est utilisée sur tous les continents pour lutter contre Ceratitis capitata. Certains ont réussi à éradiquer ce ravageur, dans d’autres seulement à le contrôler de façon à ce que l’utilisation de produits phytopharmaceutiques ait drastiquement diminué. En Corse, sans parler d’éradication pour le moment, l’objectif est de réussir à contrôler les populations, c’est-à-dire à les faire chuter sous un seuil de nuisibilité afin que la cératite devienne un problème mineur pour le producteur.

    Les principales méthodes de lutte employée contre la mouche des fruits sont le piégeage de masse et/ou les traitements insecticides. Cependant, les années allant, de nombreuses molécules chimiques se voient interdites et c’est pourquoi les producteurs et la recherche se tournent vers la TIS. C’est une technique de lutte qui a fait ses preuves.

    • Avec le changement climatique et l’érosion de la biodiversité, les pratiques agricoles vont devoir s’adapter, quel est votre sentiment pour les années à venir ?

    Effectivement depuis plusieurs décennies on nous alerte sur la chute de la biodiversité, avec notamment les pratiques culturales en causes.

    L’utilisation massive de pesticides en période d’après-guerre a engendré une forte diminution des espèces végétales et des insectes ayant une répercussion sur les populations d’oiseaux et sur la santé humaine. C’est indéniable.

    Toutefois, les mœurs changent et les producteurs sont de plus en plus sensibilisés et engagés pour produire plus sainement et respectueusement (figure 5). Personnellement, je caractérise aussi la biodiversité dans les vergers, et ce n’est pas tout le temps les parcelles les moins « propres » où l’on retrouve le plus de biodiversité. Pour moi cela dépend avant tout du paysage.

    Contrairement aux productions céréalières en monoculture à perte de vue, les vergers sont conduits sur de petites surface souvent avec des haies, des fossés, des zones de friches, autant de niches moins défavorables au maintien d’une certaine biodiversité.

    Figure 5 : Verger de pêchers en fleur (à gauche) – Ceratitis capitata sur une pêche (à droite) (Source : B. Cailleret)

    L’agroécologie vous intéresse ? Vous souhaitez mettre en place des études, des mesures et des suivis au sein de vos parcelles et de votre exploitation : https://www.solinbio.fr

  • Sa majesté des papillons – Nicolas Moulin

    Sa majesté des papillons – Nicolas Moulin


    Par Nicolas Moulin

    « L’histoire poignante d’une mission scientifique en Afrique où la beauté des papillons se retrouve occultée par les méandres de la nature humaine. Un récit passionnant et courageux, une aventure éprouvante qui laisse éclater au grand jour les limites de la passion. A lire et à relire. »

    Page de couverture de l’ouvrage – 4ème de couverture

    Pour se procurer l’ouvrage : Sa majesté des papillons

    Site de l’auteur : lien


    Interview de l’auteur : Nicolas Moulin

     

    • Peux-tu nous expliquer en quoi à consister la mission Lobaye

    La mission Lobaye avait pour but de découvrir la chenille, la chrysalide et la (ou les) plante nourricière du plus grand papillon de jour d’Afrique : Papilio antimachus. Elle s’est déroulée entre mi-novembre et mi-décembre 2019 au sud-ouest de la République centrafricaine, au sud de Mbaïki. 

    Pour en savoir plus : lien

    • Pourquoi l’espèce Papilio antimachus est-elle si remarquable et recherchée par les entomologistes

    Papilio antimachus est très grand (en particulier le mâle pouvant atteindre les 20 cm d’envergure ! ), la femelle est quant à elle très peu visible.

    Les mâles (figure 1) sont principalement observés lorsqu’ils viennent s’abreuver d’eau chargée en sels minéraux en bord de piste, de rivière ou de plans d’eau. Les femelles semblent voler uniquement au-dessus de la canopée à la recherche de sa plante-hôte pour y pondre ses œufs. Elles ne descendrait que pour butiner.

    En pratiquant le vol en Hill-topping (vol territorial au-dessus d’un point haut comme une colline), les mâles surveillent un territoire, pourchasse les concurrents et attendent le passage d’une femelle. A cause de toutes ces caractéristiques morphologiques et écologiques, les mâles et les femelles sont chassés par certains centrafricains et de nombreux occidentaux afin de les revendre à des prix exorbitants : la collectionnite.

    Figure 1 : Papilio antimachus (Source : inconnue)
    • Partir en expédition en forêt tropicale n’est pas chose facile, peux-tu nous raconter comment s’est déroulée cette mission ? 

    Pas comme voulu… Une expédition en forêt tropicale est souvent compliquée à organiser car il y a des exigences logistiques à respecter, des trajets plutôt longs avec différents moyens de transports, la chaleur, les insectes (même si on y va pour eux…), les autres animaux… Et les hommes. La nature humaine peut facilement, en conditions extrêmes, occultée la beauté de la biodiversité et le but d’un projet. Tout raconter ici serait divulgâcher mon récit… Mais imaginez vous à 15 occidentaux, 5 pygmées et plusieurs centrafricains en huis clos en forêt, qui cherchent une épingle dans une botte de foin ?

    • Pourquoi as-tu souhaité raconter cette aventure ?

    J’ai forcé le destin pour pouvoir participer à cette mission car l’objectif me plaisait. Il y avait un réel défi mais il y avait également les différents personnages de la mission à accepter. Les esprits forts sont capables de soulever des montagnes. J’étais déjà parti deux fois un mois, encore plus loin en forêt tropicale de Centrafrique, avec la moitié de l’équipe. Et nos démons ont ressurgi !

    J’ai eu besoin d’écrire dans mon carnet de voyage. Je suis un fervent lecteur de Sarah Marquis, Raymond Maufrais, Sylvain Tesson, Capucine Trochet, Patrice Franceschi, etc. Mon carnet a servi d’exutoire, sans intention… Et finalement, j’ai mis deux années à le travailler, le retravailler, le faire lire, le faire relire, le corriger encore et encore… et engloutir des dizaines de livres d’aventure. Heureusement, toutes les expéditions ne se passent comme dans mon livre !

    • Quels sont tes autres projets ? Souhaites-tu toujours partir à la recherche de Papilio antimachus

    Actuellement, je suis très productif en écriture d’articles scientifiques (surtout sur les mantes) (lien). J’ai un ouvrage en cours de production sur les mantes de Guyane. Je suis beaucoup parti aux Antilles pour des inventaires entomologiques. J’ai toujours besoin de me retrouver en conditions tropicales au milieu des arbres géants, des insectes (tout aussi démesurés), de la biodiversité. J’espère retourner en Afrique centrale, peut-être au Gabon…

    Pour Papilio antimachus, il y a peut-être un projet qui le poursuit mais ça ne vient pas de moi. Pour l’instant, il s’en sort sans nous… même si j’ai encore vu une femelle à 1 600€ et des séries de pauvres mâles étalés lors d’un évènement qui a lieu en septembre de chaque année. Le business du « brillant » et de la « taille ».

    « Stop au pessimisme, il est trop tard, et profitez de la vie ! Evadez-vous au cœur de la forêt tropicale, grimpez en canopée en lisant SA MAJESTE DES PAPILLONS » – Patrick Lavelle


    Pour se procurer l’ouvrage : Sa majesté des papillons

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    Autres ouvrages en entomologie
  • Parution de Macrocosmos, ouvrage de Claire Villemant et de Stephan Borensztajn

    Parution de Macrocosmos, ouvrage de Claire Villemant et de Stephan Borensztajn

     

    Qui n’a jamais rêvé de se miniaturiser pour explorer le monde fascinant des insectes et autres toutes petites bestioles ?

    Vingt-cinq ans après la sortie du célèbre film Microcosmos, une nouvelle vision du monde animal minuscule s’impose, grâce à la technologie. Partez à la découverte de ces mini-monstres à la beauté saisissante grâce à de magnifiques photographies prises au microscope électronique à balayage (jusqu’à × 70 000 !) et laissez-vous impressionner par leur complexité, leur précision et leurs exceptionnelles capacités, évoquées dans les courts textes de commentaire. Araignées, cafards, mouches…les stars sont de retour et n’ont pas fini de vous épater !

    Macrocosmos pour les philosophes grecs, c’est le « grand monde », l’univers, ensemble des choses et des êtres au sein duquel évolue l’homme considéré comme un « petit monde » ou microcosmos. L’univers galactique est infini mais de nos jours un autre infini se dévoile grâce à des technologies et des instruments scientifiques de plus en plus perfectionnés : celui d’un monde microscopique d’une complexité infinie. Grâce au microscope électronique à balayage nous découvrons ici le macrocosme du microcosme des arthropodes dans toute sa splendeur et son étrangeté.

    Couverture de l’ouvrage Macrocosmos (edp Science)

    Pour se procurer l’ouvrage : Macrocosmos (Stephan Borensztajn & Claire Villemant – Edition edp Sciences – 17 novembre 2022)


    Les auteurs

    Stephan Borensztajn est né le 30 novembre 1971 à Paris où il suit des études scientifiques en physique, chimie et mathématique. En 1994, il passe le concours CNRS et rentre au LPLE (Laboratoire de Physique des Liquides et Électrochimie) devenu maintenant le LISE (Laboratoire Interfaces et Systèmes Électrochimiques) et découvre l’usage de la microscopie électronique à balayage (MEB) sur un appareil basse résolution (10 nm) à filament de tungstène (Stereoscan 440 LEO Cambridge Instruments). Il réalise, dès ses premières années d’activités, des photos de divers arthropodes qu’il apprend à coloriser à l’aide d’un logiciel de retouche d’images. Il découvre ainsi progressivement le monde fascinant des arachnides, des insectes et autres arthropodes qui lui offrent sans cesse de nouvelles morphologies extraordinaires à explorer. Courant 2006, le laboratoire s’équipe d’un nouveau microscope électronique à balayage dernière génération (Ultra 55 Zeiss) permettant des observations à haute résolution (1 nm) avec une qualité d’image bien supérieure. Cela lui permet d’élargir son champ d’observation dans tous les domaines y compris celui des arthropodes et il commence alors à diffuser ses micro-photographies colorisées sur Internet, aboutissant ainsi à la concrétisation de sa première exposition en 2010 à l’Espace des Sciences de Rennes (Bestioles à domicile).

    En 2013, il change de laboratoire et intègre l’IRDEP (Institut de Recherche et Développement sur l’Énergie Photovoltaïque) où il pilote un MEB haute résolution (Merlin Compact Zeiss) pour l’étude morphologique des capteurs solaires. Deux ans plus tard, l’IPGP (Institut Physique du Globe de Paris) le recrute pour gérer sa plateforme de microscopie électronique composée de deux MEB : un EVO MA10 Zeiss basse résolution et un MEB haute résolution Auriga 40 Zeiss équipé également d’une colonne ionique (ions gallium) permettant l’abrasion et la soudure au platine à l’intérieur du microscope. Il continue jusqu’à maintenant, notamment grâce aux prestations extérieures pour le Muséum national d’histoire naturelle, à explorer
    la diversité biologique offerte par le monde des arthropodes et à améliorer ses colorisations numériques.

    Claire Villemant est passionnée d’insectes depuis son enfance et a fait des études de zoologie et d’entomologie à l’Université Paris VI puis un doctorat à la station de recherche forestière de l’INRA d’Orléans. Après sa thèse, elle a enseigné pendant 10 ans à l’École normale supérieure de Rabat, tout en préparant un nouveau doctorat à l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II de Rabat sur un papillon ravageur du chêne-liège. Recrutée en 1990 au Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) de Paris, elle a exercé jusqu’en 2019 comme maîtresse de conférences à l’Institut de Systématique, Évolution et Biodiversité (ISYEB) chargée de la collection d’hyménoptères du MNHN (1 million de spécimens de guêpes, abeilles et fourmis). Ses recherches sur la biodiversité des guêpes parasites l’ont amenée à participer aux grandes expéditions du muséum en forêts tropicales. Elle a travaillé aussi sur l’invasion du frelon asiatique en Europe. Outre des articles et des ouvrages scientifiques, Claire Villemant a publié des articles de vulgarisation et présenté de nombreuses conférences grand public sur les hyménoptères, les abeilles sauvages et le frelon asiatique. Elle a publié aussi, avec le photographe Philippe Blanchot, deux beaux livres : Portraits d’Insectes (Seuil, 2004, prix Dolfuss de la Société Entomologique de France) et Tête-à-tête avec les insectes (Seuil Jeunesse, 2008). Depuis sa retraite, elle poursuit une activité bénévole au muséum en tant qu’attachée honoraire de l’ISYEB. Elle contribue aussi par ses articles de vulgarisation à la revue Insectes de l’Office pour les insectes et leur environnement (OPIE) dont elle est membre du conseil d’administration.


    Extraits de l’ouvrage
    [pdf-embedder url= »https://passion-entomologie.fr/wp-content/uploads/2022/11/Sommaire_Extraits-Macrocosmos.pdf »]

    Pour se procurer l’ouvrage : Macrocosmos (Stephan Borensztajn & Claire Villemant – Edition edp Sciences – 17 novembre 2022)


    Autres ouvrages en entomologie
  • Être restauratrice de collections entomologiques : Aline Donini

    Être restauratrice de collections entomologiques : Aline Donini

    Par Benoît GILLES
    Comment devient-on restauratrice de collections d’insectes ?

    Connaissez-vous cet enfant toujours le nez dehors, qui adore mélanger du sable avec des cailloux et quelques feuilles odorantes et laisser reposer le tout – sans surtout que personne ne touche – pour voir ce que cela donne dans une semaine ?

    Aline Donini

    Cet enfant qui en grandissant passe des heures dans le jardin à observer les sauterelles, leur anatomie et leur biologie ? Et bien c’était moi ! Rapidement accrochée par la diversité des insectes, ils m’ont vite fascinée. Il y a toujours à apprendre  avec les insectes, c’est sans fin. Mieux : pour les insatiables un peu fainéants comme moi, il n’est pas compliqué d’apprendre, il suffit d’aller dans le jardin ! C’était comme une immense bibliothèque de petits et grands trésors, de liberté, de beauté et de découvertes.

    Horrifiée par la pollution dans les années 1990, je voulais avant toute chose que mon métier serve à protéger l’environnement, c’est tout naturellement que je me suis dirigée vers la biologie de l’environnement à l’université. Mais arrivée en L3, le monde de la recherche en Université ou en laboratoire où je réalise un stage à l’INRAE de Versailles sur la biochimie des insectes « envahisseurs » ne me convient pas. Trop structuré, je n’y trouve pas l’envie de m’investir plus avant.

    Alors je prends un an pour réfléchir. Je travaille au Muséum de Nantes en tant que surveillante de salle. J’y découvre la bibliothèque, les expositions, mais surtout les réserves. Elles contenaient des trésors semblables à ceux du jardin de mon enfance : pleins de petits objets divers et variés avec chacun sa propre histoire naturelle, mais aussi humaine. Comment cet objet était-il arrivé là et pourquoi ? En parlait-on dans un ouvrage ancien de la bibliothèque ? Dans un compte rendu associatif du XIXe ? Avait-il connu le premier Muséum ? Avait-il connu les bombardements ?

    J’ai aussi eu l’occasion d’être veilleur de nuit au Muséum. Les meilleurs moments de ma vie : enfermée sans n’avoir aucun objectif que de surveiller et… lire les livres de la bibliothèque ou regarder les collections en vitrine.

    Un nouvel univers s’ouvrait à moi.

    4 ans plus tard j’ai en poche deux Masters : un en Muséologie des sciences auprès du MNHN et un en histoire des sciences auprès de l’Université de Nantes.

    Pourquoi en muséologie ?

    Figure 2 : Collection d’insectes (Source : A. Donini)

    La muséologie fait pour moi le lien entre culture et science, ce que je recherchais à cette époque. C’est ce qui m’avait manqué à l’INRAE ou à l’Université : la culture patrimoniale. Je croise alors entomologie et culture muséale scientifique et tombe naturellement sur… les collections d’insectes (figure 2). Ce monde merveilleux qui recoupe mes chasses enfantines dans le jardin avec plein de petits insectes à observer, et l’histoire de ces boites d’insectes et des armoires ouvertes au Museum de Nantes.

    Seule intéressée dans la classe par les réserves muséales, je développe mes stages sur ce sujet et part en Suisse à plusieurs reprises (figure 3). Neuchâtel, accueille une école sur la conservation des collections. À Bern, le centre de recherche sur la conservation des collections. Enfin, je suis logée dans une maison en même temps qu’un célèbre professeur de muséologie, avec qui nous avons eu de bonnes discussions sur la notion de collection, de collectionneur, et tout ce que cela suppose en matière de recherche scientifique.

    Pourquoi aussi un diplôme en histoire des sciences me demanderez-vous ?

    Tout simplement parce que devoir étudier et analyser une collection, pas seulement ce qu’elle contient, mais aussi comment elle a été construite, demande un certain recul, une certaine analyse technique et une rigueur scientifique qui appartient aux historiens : l’analyse des sources primaires et secondaires, la mise en relation des éléments, la compréhension globale d’un collectionneur, d’une collection et sa contextualisation. Cette année d’étude m’a aussi confortée sur un point : grâce à mes professeurs  en histoire des sciences que j’admire énormément,  j’ai compris que la culture scientifique fait partie intégrante de la culture plus classique, des beaux-arts par exemple. Oui, l’étude des outils entomologiques utilisés depuis le XIXe est un sujet de recherche.

    À la suite de mes études, j’ai travaillé auprès de différentes institutions, mais sur le long terme, ce type de contrat m’épuise, je me sens enfermée, comme prisonnière. Un peu têtue et bien décidée à faire ce que j’ai envie de faire, je monte mon entreprise, Actias en 2016.

    L’objectif est de venir en soutien aux structures muséales, en mettant à leur service mon approche de l’entomologie : scientifique, historique et humaine.

    Pendant 3 ans, cela m’a apporté 50% de mes revenus en travaillant à l’échelle régionale. Et j’ai eu un petit garçon, j’ai donc mis un peu Actias de côté pour m’occuper de ma famille. Aujourd’hui, je suis bien décidée à en faire mon métier à temps plein.

    Figure 3 : Préparation de Tipula maxima (Source : A. Donini)
    En quoi consiste ton métier

    1) Ranger pour comprendre

    Ma mission préférée, de loin, c’est quand on m’appelle pour me dire « Aline, c’est le bazar, je ne comprends rien, je ne sais pas quoi faire de toutes ces boites ! ». Dans ce cas, mon objectif est simple : identifier, nommer, ranger, nettoyer, classer. Les collections scientifiques (entre autres) sont dans les musées pour faire des expositions… mais aussi parce que ce sont des témoignages d’un travail, d’études, de recherches. Bizarrement, cette partie n’est jamais expliquée, revenons sur ces deux objectifs.

    Figure 4 : Rangement de papillons – Collection privée (Source : A. Donini)

    On peut utiliser une collection muséale d’insectes pour faire une exposition permanente ou temporaire. Les insectes sont toujours présents dans quasiment toutes les expositions, quel que soit le thème : le plus fort, le plus coloré, présent dans tel tableau, symbole de ceci ou de cela. L’entomologie souffre de méconnaissance. Il est donc indispensable aujourd’hui de vulgariser la science des insectes pour en parler au plus grand nombre. Mais c’est aussi un monde merveilleux plein de surprenantes informations que les différents publics adorent écouter.

    En ce qui concerne la mise à disposition des données scientifiques, c’est un sujet plus qu’important, et méconnu. Une réserve muséale comporte des boites d’insectes étiquetées (figure 4). Elles possèdent des informations sur les lieux de collecte, date de capture, et sur le récolteur. Au moins. Pour comprendre pourquoi c’est important, un petit exemple : si je capture une panthère des neiges au Népal au XIXe siècle, c’est très intéressant, mais pas surprenant. Si c’est au Népal en 2022, c’est encore plus intéressant, car la bête devient rare. Mais si je capture cette panthère des neiges à Paris dans le métro un 14 juillet 2021, c’est très bizarre, et demande une étude de cas. Voyez comme les informations de lieux et date sont importantes.

    Après avoir rangé, et classé les collections, il faudra les valoriser et les mettre à disposition de la recherche : universités, CPIE, associations naturalistes, MNHN. Ceci afin de continuer à mieux comprendre notre environnement, et mieux le protéger.

    2) Restaurer pour conserver

    Figure 5 : Fiche type pour la conservation des collections d’entomologie (Source : Actias.fr)

    Chaque objet demande des conditions de conservations particulières (figure 5). Vous ne rangez pas le beurre et votre orchidée tropicale au même endroit, n’est-ce pas ? C’est pareil pour les collections d’insectes, elles ont leurs exigences en matière de conservation. Si cela vous intéresse, vous pouvez aller voir sur mon site les meilleures conditions de conservation. Mais parfois, elles subissent des dommages : infestation d’insectes ravageurs de type Dermestidae qui dévorent littéralement les insectes séchés, chute de boite, bris de glace (figure 6). Pour tous ces problèmes, il y a une solution. Touchant ici au domaine de la restauration, c’est une casquette que j’ai été chercher au contact des entomologistes eux-mêmes.

    Savez-vous où on apprend à recoller les ailes d’un papillon ? Nulle part.

    Savez-vous comment on traite les moisissures sur un insecte du XIXe ? Personne ne le sait. Ou bien ils ne sont pas nombreux, et ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a pas d’école pour cela.

    Mes amis entomologistes ont fait perdurer un savoir presque perdu, confidentiel, qu’ils ont appris des anciens et ils ont travaillé bénévolement pendant plus de 30 ans. Parfois bien plus. Ce sont eux qui me l’ont transmis.

    Aujourd’hui, j’associe mes connaissances en muséologie, mes formations au sein de taxidermistes agréés Musées de France, mes formations à l’étranger et ce savoir à la fois ancien et « maison » pour réparer les dommages des collections. Et j’en apprends tous les jours sur les matériaux, les outils, auprès de mes collègues restauratrices des beaux-arts et des naturalistes (figure 7).

    Figure 6 : Collection détruite par la présence de Dermestidae (Source : A. Donini)

    3) Vulgariser pour sauver

    Nous avons tous un impact sur les insectes, et nous avons tous un super pouvoir : celui de les mettre dehors plutôt que de les écraser. Mieux : mettre dans un bocal, observer, aller chercher un livre pour comprendre… avant de les mettre dehors.

    Il n’y a pas d’âge pour s’intéresser à la nature et aux insectes.

    J’ai réalisé des animations en nature ou en musée, rémunérées ou bénévoles en association, dans les écoles ou les universités. Aux petits de 3 ans, aux ados de 15, aux parents de 40 et aux plus âgés de 70 ans. Je le faisais par plaisir, bénévolement souvent.

    Aujourd’hui, j’ai décidé de l’ajouter à mes compétences d’Actias, car cela remplit la mission de départ : protéger l’environnement. Si je sensibilise un enfant de 5 ans aux insectes, peut être agira-t-il sur toute sa famille pour ne pas tuer la punaise entrée par inadvertance dans la maison ? Ou décider plus tard de ne pas mettre d’insecticide dans son jardin ? Souvent mal considérée, l’animation scientifique a un énorme rôle à jouer dans la sauvegarde de notre milieu de vie. Ce ne sont pas uniquement les chercheurs et les musées qui feront la différence. Ce que l’on ne connaît pas peut faire peur, et on ne peut pas protéger quelque chose que l’on ne connaît pas.

    Figure 7 : Nettoyage des moisissures sur Lépidoptères (Source : B. Bagaglia)

    4) Mieux connaître les entomologistes

    Espèce rare s’il en est, l’entomologiste n’a pas une passion ou un métier très connu en France. Oui, c’est différent ailleurs ! Au Canada, en Suisse c’est un métier comme un autre.

    Du moins, on ne vous regarde pas avec de grands yeux en se demandant si vous vous nourrissez secrètement d’insectes dans un vieux musée poussiéreux ou si vous avez des insectes dans votre lit. Non, l’entomologiste étudie les insectes. Dans un bureau ou dehors. Comme tout le monde.

    Cette petite introduction pour aborder un sujet beaucoup plus sérieux : qui sont les entomologistes amateurs en France en 2022 ? Quels sont les Ordres les plus étudiés ? Quel matériel utilisent-ils ? Quelles techniques de récolte utilisent-ils ? Quelle est la quantité et la qualité des collections privées en France aujourd’hui ? Surprise : on en sait bien peu. Nous avons lancé avec Recolnat un premier méta inventaire des collections entomologiques en Pays de la Loire. Vous pouvez consulter le travail ici (lien).

    Ce méta inventaire piloté par le MNHN a permis de sauver trois collections, dont deux sont entrées dans des musées. Une est encore en péril. Ces collections sont connues des entomologistes, des musées, mais une fois le collectionneur disparu, qui s’occupe de la collection ? Elle peut être vendue, mais c’est alors porte ouverte aux dislocateurs ou à la mode du cabinet de curiosité. Autant dire que la collection et ses données scientifiques sont perdues. Elle peut être donnée à un ami ou collègue. Mais c’est plutôt rare.

    Alors elles finissent à la poubelle. Tant de travail, de temps passé, de recherches réduites à néant.

    Autant vous dire que cela me révolte. J’entreprends donc de plus en plus de sauvetages de collections. Bien entendu, chaque collection possède ses atouts et ses faiblesses. Il faut connaître les acteurs du milieu, le réseau entomologique et avoir des collègues formidables pour sauver ces collections. Mais ça en vaut la peine.

    Pour suivre Aline :