Une nouvelle espèce de Cerambycidae d’Afrique du sud dédiée à Nelson Mandela

L’Afrique du Sud est connue pour sa flore extraordinaire et sa faune endémique. Le Muséum du Cap, l’un des plus grands Muséum africains, possède plus d’un million de spécimens d’arthropodes provenant essentiellement du continent africain.

Holotype de Capederces madibai. A : habitus ; B : vue ventrale ; C : détails de la face ; D : vue latérale (Source : Maquart & Van Noort, 2017)

C’est en parcourant ses collections de longicornes (Coléoptères de la famille des Cerambycidae) que Pierre-Olivier Maquart est tombé sur une série de spécimens singuliers qui se sont révélés appartenir à une espèce nouvelle. Ces sept insectes avaient été capturés entre 1926 et 1928 dans la province d’Albany dans le Cap Oriental. Ils appartiennent au genre Capederces qui fut décrit seulement en 1999 par l’entomologiste autrichien Karl Adlbauer. La seule espèce jusqu’alors connue avait été capturée non loin de là, près de Steytlerville : Capederces hauseri (photos en bas de page). Ces petits longicornes floricoles, aux motifs délicats, sont restés très discrets puisqu’aucun autre spécimen ne fut rencontré depuis leur capture il y a près de 90 ans.

Cette découverte s’est faite en 2013, l’année de la mort de Nelson Mandela. Les auteurs ont donc décidé de dédier cette espèce nouvelle au héros Sud-Africain, surnommé localement Madiba : Capederces madibai (photos ci-dessus). La description a été publiée le 22 mars 2017 dans la revue Zootaxa (lien).

L’Afrique du sud héberge 853 espèces de Cerambycidae, beaucoup d’autres restent encore à découvrir…

Le mot du co-descripteur de l’espèce : 
  • Qu’est ce qui a retenu votre attention sur ces spécimens ? 

Ils étaient rangés dans une boîte dédiée à la tribu des « Clytini » : leur phénotype inhabituel m’a interrogé et empêché de me décider quant à leur positionnement systématique, éveillant ainsi mes soupçons.

  • Comment avez-vous vérifié que l’espèce n’était pas décrite ? 

Pierre-Olivier Maquart dans les collections du Muséum du Cap – Afrique du Sud (Source : Maquart, 2017)

J’ai découvert que les espèces n’appartenaient pas aux Clytini, mais à la tribu des Tillomorphini (un groupe essentiellement représenté en Amérique du Sud), une photo postée sur le forum de Francesco Vitali a permis de mettre un nom de genre sur l’insecte en question : Capederces.

Ce genre, monospécifique jusqu’à cette découverte (qui ne comporte qu’une seule espèce) était représenté en Afrique du Sud uniquement par un seul mâle de C. hauseri. Les spécimens du Muséum n’étant que des femelles, j’ai donc pensé au départ qu’il pouvait s’agir de cette espèce. Puis, la réception d’une photo d’un spécimen femelle de C. hauseri provenant de l’entomologiste américain Larry BezarkDepartment of Food and Agriculture, Sacramento – Californie – a confirmé qu’il s’agissait d’une nouvelle espèce.

  • Pourquoi l’insecte n’a-t-il pas été revu depuis 90 ans ? 

Je ne sais pas… Il faudrait étudier et prospecter dans la zone (« Albany district »). D’un côté, j’ai eu accès récemment aux collections de l’Université de Rhodes, qui contient près de 2 000 de Cerambycidae (dont la majorité a été collectée dans les environs de cette région), où C. madibai n’était pas présente. La faune sud-africaine est largement sous-prospectée et sous-étudiée. Pour en donner un exemple, j’ai reçu des spécimens de la famille des Disteniidae de la région du Cap : Phelocalocera queketti, un longicorne relativement « primitif » qui n’a pas été cités dans la littérature depuis près de 60 ans, alors qu’elle est localement fréquente. Qui sait, peut-être retrouvera-t-on Capederces madibai prochainement ?

Description morphologique de Capederces madibai

Cette nouvelle espèce se distingue de C. hauseri par une coloration entièrement noire avec 4 tâches blanches/ivoires clairement délimitées et des antennes dont la longueur est plus petites que celle du corps (ratio : 0,95 pour C. hauseri et 0,7 pour C. madibai) (voir photos ci-dessous).

– La tête : front plat densément et uniformément ponctué ; base des antennes aplatie et largement espacée ; partie inférieure des lobes optiques plus longue que la zone occipitale ; vertex et scape densément et grossièrement ponctués ; scape avec une échancrure longitudinale distale nette ; 3ème antennomère allongé dont la longueur équivalente aux antennomères 4 et 5 réunis ; antennes de couleur brun foncé et partiellement glabre

– Pronotum : surface ponctuée en nid d’abeille

– Scutellum : surface micro-sculptée ; ponctuation distincte manquante

– Abdomen : tégument noir ; premier sternite abdominal densément recouvert de soies blanchâtre

– Elytres : plus large que longue (ratio : 2/3) ; surface à ponctuation dense et grossière en nid d’abeille, lisse à l’apex et en périphérie, de couleur noire comportant deux tâches bien définies de couleur blanchâtre/ivoire ; peu de variations entre les spécimens

A gauche : Holotype de Capederces madibai. A : habitus ; B : vue ventrale ; C : détails de la face ; D : vue latérale  A droite : Capederces hauseri. A : habitus général de la femelle ; B : vue latérale de la femelle ; C : Habitus de l’holotype mâle (Source : Larry Bezark ; Maquart & Van Noort, 2017)

 

Source :

Maquart P.O. & Van Noort S. (2017) : Description of a new species of Capederces (Coleoptera : Cerambycidae : Cerambycinae) from South Africa. Zootaxa 4244(4): 583-587 (lien)

Retrouvez également l’interview de Pierre-Olivier Maquart : lien

 

 

Benoît GILLES
Chargé de recherche – Entomologiste chez Cycle Farms


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