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Les fourmis légionnaires du genre Eciton

Présentation d’une espèce typique de fourmis du Panama rencontrée au cours de mon séjour au STRI

  • Les fourmis « légionnaires », genre Eciton

Les fourmis du genre Eciton sont dites « légionnaires » en raison de leur mode de vie nomade et de leur technique de chasse qui consiste à capturer tout animal se trouvant sur leur passage. Plusieurs espèces se rencontrent dans les forêts tropicales de l’Amérique centrale et du sud.

C’est au cours de mon séjour au Panama, que j’ai eu la chance de pouvoir observer l’espèce Eciton burchellii, qui est grandement étudiée sur l’île de Barro Colorado au Panama. Lorsque l’on croise ces fourmis dans les sous bois de la forêt, leur vitesse, leur nombre, leur agressivité et surtout le bruit qu’elles font en marchant ne laissent pas indifférent. Leur organisation m’a toujours fasciné, de pouvoir les observer dans leur environnement naturel a été un réel bonheur pour moi.

Eciton Burchellii soldat mordant mon doigt
Eciton Burchellii soldat mordant mon doigt -©Photo B. GILLES

Comme chez beaucoup d’espèces de fourmis, il existe un fort polymorphisme chez les ouvrières, formant des castes. Ainsi, 3 castes sont décrits : 1) les Minor (petite taille) dont le rôle est de s’occuper des oeufs et des larves, 2) les Media (taille moyenne) dont le rôle est de récolter la nourriture et de former le bivouacs, 3) les Majors (grande taille), également appelés Soldats (voir photo), dont le rôle est la protection de la colonie. Les soldats sont reconnaissables à leur tête volumineuse et surtout à leurs mandibules longues, fines et recourbées.

A savoir : les soldats ne peuvent ouvrir leurs mandibules une fois qu’ils ont mordu, pour les enlever il est nécessaire de casser la tête et de tout arracher. Je crois que certaines tribus humaines se servent de ces fourmis comme agrafes et points de sutures….

Un autre exemple est présenté chez l’espèce du genre Atta (« fourmis champignonnistes ») : ici.

Ces fourmis ont la particularité d’avoir un mode de vie nomade, elles ne construisent pas de nid dans le sol ou dans les arbres mais construisent des « bivouacs » hors sol formés par les fourmis elles même qui se tiennent les unes aux autres. Les plus grandes colonies peuvent compter plus de 500 000 individus. Le bivouac peut ainsi atteindre plus d’un mètre de diamètre et près d’un kilo. La colonie abrite et protège la reine, les larves et le couvain (les oeufs).

Une autre particularité de cette espèce est la présence d’un cycle d’activité de 35 jours où 2 phases se succèdent.

– Le cycle débute par une de phase de 20 jours. Durant cette phase, la colonie reste fixe sous forme de bivouac, les ouvrières (soldats et Media) partent à la recherche de nourriture et la reine se met à pondre. Les chasses se font sous forme de raids arborescents où insectes, arthropodes (mille-pattes, scorpions…), amphibiens, voir même petits oiseaux et petits mammifères sont capturés, découpés et ramenés au bivouac (voir vidéo). Ainsi, se sont jusqu’à 30 000 proies par jour qui peuvent être consommées par la colonie qui vont permettre à la reine de pondre près de 100 000 oeufs durant cette phase! Afin de ne pas épuiser les stocks de nourriture, chaque jour le direction du raid et la zone prospectée sont différentes. La direction du raid se décale d’un angle précis (123°), ce qui permet au final de prospecter l’ensemble du territoire autour du bivouac.

Transport de larves et de nymphes de fourmis légionnaires (Eciton sp.) - Photo B. GILLES
Transport de larves et de nymphes de fourmis légionnaires (Eciton sp.), les soldats sont repérés à leur tête volumineuse de couleur blanche – ©Photo B. GILLES

– Un second cycle de 15 jours prend le relais. Cette phase est nomade et coïncide avec l’éclosion des oeufs et avec l’apparition des premières larves. La demande en nourriture se voit augmenter énormément, d’où un changement quotidien de zone de chasse. Chaque jour, l’ensemble de la colonie déménage (avec reine, larves et nymphes) et construit un nouveau bivouac. Au bout des 15 jours, les larves se nymphoses*, la demande en nourriture diminue, la colonie peut de nouveau devenir sédentaire et recommencer un nouveau cycle de 15 jours.

Anecdotes : Les raids peuvent s’étendre sur plus de 100 m et les fourmis se déplacer à près de 14 cm/s. Les fourmis mesurant en moyenne 1 cm, cela correspond à l’échelle humaine à une vitesse de 85 km/h sur une distance de 17 km !! (lien)

D’autres espèces de fourmis tropicales à découvrir ici : Atta et Cephalotes.

Eciton burchellii soldat
Eciton burchellii soldat (Source : https://www.flickr.com/photos/dejeuxx/9049718083)

 Recommandations d’ouvrages sur cette thématique :

– Les Fourmis: Comportement, Organisation Sociale et Evolution

– Le monde des fourmis

– Le monde extraordinaire des fourmis




Benoît GILLES
Chargé de recherche – Entomologiste chez Cycle Farms


  1. Quentin dit:

    « Les raids peuvent s’étendre sur plus de 100 m et les fourmis se déplacer à près de 86cm/s. Les fourmis mesurant en moyenne 1 cm, cela correspond à l’échelle humaine à une vitesse de 150km/h sur une distance de 17,5 km » me semble bizarre veuillez me transmettre les calculs s’il vous plait! Merci 🙂