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Xylotrechus chinensis : nouvelle espèce invasive arrivée d’Asie

Par Lionel Valladares, Hervé Brustel & Christian Cocquempot

Intercepté en Europe (Allemagne) pour la première fois en 2007,  Xylotrechus chinensis (Cerambycidae – Chevrolat, 1852) a depuis fait l’objet de découvertes de plusieurs foyers européens importants. Il a été signalé pour la première fois en Espagne (Catalogne) en 2013, où il est aujourd’hui considéré comme établi puis, en 2018 dans la région de Valence. En 2017, il a été découvert près du port d’Héraklion en Crète (Grèce) et une nouvelle interception a été effectuée en Allemagne dans un conteneur d’articles en bois de bouleau et de saule.

Biologie de l’espèce
Photo 1 : Xylotrechus chinensis (Source : L. Valladres)

Décrit de la région de Shanghai (Chine), X. chinensis (photo 1) est originaire de la région paléarctique orientale (nord-est de la Chine, Taïwan, péninsule coréenne et Japon). Tout comme l’espèce voisine Xylotrechus stebbingi (Gahan, 1906) (photo 2 ci-dessous), originaire du nord-ouest de l’Himalaya et introduite en Italie en 1988, X. chinensis s’attaque préférentiellement aux Moraceae (Morus alba, M. bombycis et M. australis). Les Rosaceae Malus pumila et les Pyrus spp., ainsi que la vigne (Vitis vinifera) (Vitaceae) sont citées de longue date et reprises dans la littérature depuis, a priori, sans aucune confirmation.

X. chinensis est une espèce dite univoltine (une génération par an). Les adultes émergent de juin à août. Les trous de sortie sont circulaires (5 à 6 mm de diamètre) et assez caractéristiques.

Les adultes de ce Cerambycidae mesurent entre 15 et 25 mm de long. Les antennes sont courtes et les élytres de couleurs rousse, noir et jaune. De par ses couleurs mais aussi dans sa façon de se déplacer, Xylotrechus chinensis prend l’apparence d’un frelon (mimétisme batésien très marqué).

Photo 2 : Xylotrechus stebbingi (Source : D.M. Philipp)

Chaque femelle peut pondre environ 80 œufs tout au long de sa vie sur des arbres préférentiellement matures ou vieux, le plus souvent taillés. L’espèce semble apprécier également des arbres ne présentant pas de signes extérieurs de faiblesse, de blessure ou de maladie.

Les dégâts provoqués par les mandibules de l’insecte sont rapidement visibles (coulées de sève, dépérissement et nécroses, trous de sortie, décollement d’écorce…), aussi bien au niveau des grosses branches que du tronc (photo 3).

Découverte en France

Les deux premiers signalements ont été faits sur la commune de Sète (Hérault) : l’un en octobre 2017 ayant permis de confirmer l’espèce à l’aide de méthodes moléculaires après la découverte de larves de Cerambycidae indéterminée prélevées sur Morus bombycis dans un jardin privé, l’autre par la collecte d’un adulte en juin 2018.

Sète étant une grande ville portuaire, il est fort probable que l’espèce soit arrivée par voie maritime en raison de la colonisation de tous les arbres à proximité du port.

A l’heure actuelle, il a été recensé au moins 3 foyers distincts sur la commune de Sète où l’espèce est clairement établie comme en témoigne la présence de nombreux trous d’émergence des adultes sortis en 2018 (ou les années précédentes) au niveau des troncs. Le cycle de développement de l’espèce indique que l’origine de l’infestation remonterait à plus de 3 ans.

Compte tenu des capacités de dispersion de l’espèce, Xylotrechus chinensis a certainement déjà atteint les communes avoisinantes et devrait continuer sa progression.

Durant la même période (juillet 2018), un exemplaire de X. chinensis a été observé en Gironde dans un quartier résidentiel de l’agglomération bordelaise non loin du port autonome de Bordeaux sur la commune de Le Bouscat.

Photo 3 : Trous de sortie de X. chinensis adultes sur un tronc de Morus alba (Mûrier blanc) (Source : L. Valladares)

Cette introduction est très probablement liée à l’importation de marchandises, de palettes ou de bois de coffrage. On ne peut exclure toutefois la possibilité d’une importation directe plus proche à l’occasion d’un chantier ou d’un équipement industriel non loin du site de découverte.

Nous ne sommes pas persuadés que X. chinensis soit strictement inféodé aux Moraceae et plus précisément aux Morus spp. Nous rappellons que le X. stebbingi (Gahan, 1906) récemment établi en Europe méditerranéenne marque une nette préférence pour les mûriers mais qu’il se développe aussi sur de nombreuses autres espèces végétales. Il convient donc d’être vigilant quant au spectre des plantes hôtes potentielles du X. chinensis et des études ou des observations complémentaires seraient nécessaires afin d’en vérifier l’étendue ou la spécificité.

Le mûrier blanc (Morus alba), avec les feuilles duquel on nourrit les vers à soie depuis plus de deux millénaires, a largement profité de l’essor de la sériciculture jusqu’au milieu du XXème siècle.  D’autres espèces (mûrier noir, mûrier platane…) à vocation plus ornementale sont aussi cultivées, et il est peu de villages français qui ne possèdent leurs allées de mûriers ou leurs parkings plantés de Morus spp. On recense souvent plusieurs milliers d’individus par département sur tout le territoire. De ce fait, il est probable que l’expansion de X. chinensis se poursuive sur toute l’aire de répartition de ses plantes hôtes actuellement connues, et l’on peut estimer raisonnablement qu’il puisse s’étendre au moins jusqu’au 45e parallèle.

Il conviendra donc de suivre de près la dynamique de colonisation de cette espèce.

Nuisibilité

X. chinensis est considéré comme un ravageur important des mûriers uniquement dans son aire d’origine. Il vient d’être inscrit sur la liste d’alerte de l’OEPP (Organisation Européenne et méditerranéenne pour la Protection des Plantes) afin d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur les risques encourus en cas d’introduction sur leurs territoires.

Photo 4 : Xylotrechus chinensis (Source : L. Valladares)

Les dernières magnaneries françaises, notamment dans les Cévennes, ont quasiment disparu aujourd’hui. X. chinensis n’affectera donc pas la production de soie mais est susceptible de contrarier les élevages des vers développés par certains musées de la soie pour démonstration. L’unique fabrique de vêtements en soie naturelle implantée à Sumène dans le Gard, importe désormais les écheveaux de Chine, mais une tentative de relance d’une filière locale de soie de haute qualité est portée par l’entreprise Serycine dans les Cévennes.

Les mesures prophylactiques préconisées, telles que la destruction des arbres ou parties des arbres infestés ne semblent pas avoir été prises suffisamment tôt pour les foyers héraultais.

Il est vivement recommandé de signaler toutes nouvelles interceptions ou foyers et d’engager rapidement des mesures de lutte ou d’éradication en cas de découverte.

Il semble que l’importation de certains matériaux échappe aux normes en vigueur ou que les procédures qui devraient empêcher ces introductions ne soient pas suffisamment respectées.

Remerciements – Notre tenons à remercier chaleureusement Raphaëlle Mouttet (ANSES, Montpellier), ainsi que Fanny DESBLES et Bruno TUDAL (Biodiv’Airsanté – Bordeaux) pour leurs précieux renseignements.

Photo 5 : Xylotrechus chinensis (Source : L. Valladares)
 
Pour signaler la présence de l’espèce 

Contacter la FREDON Occitanie : en cliquant sur ce lien

Equipe Biodiversité – PURPAN : Ecole d’ingénieurs

Notre équipe poursuit un double objectif de recherche académique (au sein de l’Unité Mixte de Recherche INRA / INPT 1201 Dynafor) et d’expertises de terrain.

Nos travaux ont pour but la mise au point et l’évaluation d’indicateurs de biodiversité et de l’état de conservation des écosystèmes forestiers et ses applications à la gestion courante des milieux (exploitation, conservation ou restauration). Ces indicateurs sont basés sur la structure (bois mort, dendromicro-habitats), les communautés entomologiques et végétales.

Nos savoirs et savoir-faire acquis depuis près de 20 ans dans ces domaines trouvent aussi une application dans des inventaires, des études d’impacts ou d’expertises diverses liées à la gestion des espaces naturels, en particulier en contextes forestiers avec les coléoptères saproxyliques.

L’équipe est composée de 4 enseignants-chercheurs de l’Ecole d’Ingénieurs de Purpan : Hervé BRUSTEL (Enseignant-Chercheur – Entomologiste), Lionel VALLADARES (Enseignant-Chercheur – Entomologiste), Antoine BRIN (Enseignant-Chercheur – Entomologiste) et Jean-Marie SAVOIE (Enseignant-Chercheur – Botaniste, Phytosociologue).

Bibliographie
  • Benker U. (2008) : Stowaways in Wood Packaging Material – Current Situation in Bavaria. Forstschutz Aktuell, 44 : 30-31
  • Cocquempot, C., Desbles F., Mouttet R., Valladares, L., (2019) : Xylotrechus chinensis (Chevrolat,1852), nouvelle espèce invasive pour la France métropolitaine (Coleoptera, Cerambycidae, Clytini). Bulletin de la Société entomologique de France, 124 (1), 27-62
  • Leivadara E., Leivadara I., Vontas I., Trichas A., Simoglou K., Roditakis E. & Avtzis D. N. (2018) : First record of Xylotrechus chinensis (Coleoptera, Cerambycidae) in Greece and in the EPPO region. Bulletin OEPP/EPPO Bulletin, 1–4
  • OEPP/EPPO, (2018) : First report of Xylotrechus chinensis in Spain. EPPO Reporting Service – Pests, 155, (8)5
  • OEPP/EPPO, (2018) : First report of Xylotrechus chinensis in Crete, Greece. EPPO Reporting Service – Pests, 156 (8): 6
  • OEPP/EPPO, (2018) : Xylotrechus chinensis (Coleoptera: Cerambycidae) : addition to the EPPO Alert List. EPPO Reporting Service – Pests, 157, (8) : 7-9
  • Sama G. & Cocquempot C. (1995) : Note sur l’extension européenne de Xylotrechus stebbingi Gahan, (Coleoptera, Cerambycidae, Clytini). L’Entomologiste, 51 (2): 71-75
  • Sama G. & Löbl I. (2010) : Cerambycidae : Western Palaearctic taxa, eastward to Afghanistan, excluding Oman and Yemen and the countries of the former Soviet Union (p. 84-334). In: Löbl I. & Smetana A. (éds) 2010, Catalogue of Palaearctic Coleoptera. 6. Apollo Books, Stenstrup, 924 p
  • Sarto i Monteys V. (2018) : El escarabajo – avispa, nueva especie invasora en Europa. Adelantos digital, 07: 1-5
  • Sarto i Monteys V., Torras i Tutusaus G. (2018) : A new alien invasive longhorn beetle, Xylotrechus chinensis (Cerambycidae), is infesting mulberries in Catalonia (Spain). Insects, 9, 52: 1-16 doi:10.3390/insects9020052
  • Schrader G., (2017) : Express – PRA zu Xylotrechus chinensis – Beanstandung. Julius Kühn-Institut, Institut für nationale und internationale Angelegenheiten der Pflanzengesundheit: 2 p
  • Valladares, L., Reglade, M., (2019) : Poursuite de l’expansion de Xylotrechus stebbingi Gahan, 1906 en France (Coleoptera Cerambycidae).  L’Entomologiste, 75 (1) : 9 – 12


Benoît GILLES
Chargé de recherche – Entomologiste chez Cycle Farms


  1. Les longicornes sont hélas de bons candidats à devenir des espèces invasives, avec la mondialisation et les échanges de bois…
    Bon pas de muriers dans mon secteur, mais effectivement il faut rester vigilant quand à son changement de régime alimentaire.
    Merci pour l’article !

  2. Baron des Vaches Bleues dit:

    Messieurs, Mesdames

    Je vous demande pardon de vous déranger avec cet article mais j’ai une question à vous poser sur les bourdons et les abeilles. je sais que ce n’est pas le sujet de l’article mais comme il est le plus récent, je pense qu’il aura plus de chance d’être lu si je le mets ici.

    Voilà quand je me promène dans ma ville couverte de fleurs, je vois des abeilles et des bourdons voler près de ces fleurs et poser leurs têtes dans celles-ci à la recherche du nectar. Or, je me demandais : comment puis-je faire pour voir s’ils mangent quelque chose ou s’ils ne font pas que chercher quelque chose sans trouver à manger ?

    Je vous remercie de votre attention et je vous souhaite, Mesdames et Messieurs, une bonne continuation.

    Cordialement