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La vie des Coléoptères d’Europe

Par Benoît GILLES 
Couverture de l’ouvrage « La vie des Coléoptère d’Europe » (Source : Delachaux&Niestlé)

Pierre-Olivier Maquart (POM) et Denis Richard (DR) sont deux « fondus d’insectes » à l’origine de « La vie des Coléoptères d’Europe ». Tout récemment publié chez Delachaux et Niestlé, ce livre magnifiquement illustré joue la carte de l’originalité dans un domaine relativement peu prisé des éditeurs : celui de l’éthologie des insectes. Il aborde ce thème vaste sous un angle plutôt original puisqu’il envisage la façon dont les coléoptères se nourrissent, se reproduisent, se développent, se protègent et communiquent, en proposant bien sûr de nombreux exemples d’espèces souvent connues. Leurs étonnantes adaptations font l’objet de chapitres dédiés au milieu aquatique, au milieu endogé ou encore à la sécheresse. Des encadrés permettent plusieurs niveaux de lecture et proposent des résumés sur quelques unes des grandes familles constitutives de l’ordre.

Les deux auteurs ont répondu avec spontanéité aux questions de Passion-Entomologie.

 

 

Comment vous est venue l’idée de réaliser ce travail ?

DR. Ce livre est l’aboutissement d’un travail de longue haleine. Il a pour origine une proposition de notre éditeur en vue de la réalisation d’un ouvrage consacré aux mœurs des coléoptères du monde. Le sujet était évidemment ambitieux, sans doute bien trop. Il s’inscrivait dans l’esprit d’un traité désormais ancien puisqu’il a près de quarante ans, publié par  l’Anglais Roy Crowson, mais se voulait plus « naturaliste » et moins technique. Il faut dire que peu de livres sont consacrés aux mœurs de ces insectes, et encore moins en français.

Nous avons donc travaillé sans compter les heures tout au long de l’année 2018, réuni et étudié des centaines de publications scientifiques, contacté de nombreux collègues sur la planète entière pour proposer une iconographie originale et représentative et croiser des données scientifiques. Fin 2018, nous nous sommes ainsi trouvé à la tête d’un texte encore incomplet mais faisant tout de même déjà près d’un million et demi de caractères. Le coût de son édition s’annonçant extrêmement important, trop important en regard du lectorat francophone attendu, nous avons décidé de proposer une version plus brève, destinée à un lectorat européen, embrassant donc la seule faune de notre continent. Bien entendu, une large part des données compilées auparavant ne pouvait plus être exploitée mais il a été possible de réaliser un ouvrage plus modeste et somme toute assez représentatif de la diversité de ces insectes et de leurs comportements. Il est venu compléter le « Guide des coléoptères d’Europe » que j’avais pour ma part publié en 2017 chez Delachaux, avec Vincent Albouy, consacré à l’identification d’environ 600 espèces représentatives: tel quel, ce livre se veut donc avant tout une introduction au comportement des coléoptères et a pour ambition de présenter leur diversité et leurs rôles incontournables dans la nature.

Précisons aussi que notre travail a bénéficié du soutien du Musée des Confluences (Lyon), l’ancien muséum de cette ville, une institution avec laquelle nous travaillons régulièrement et qui est sensible à la recherche entomologique et à la protection de la biodiversité.

POM. Pour ma part, un travail sur les coléoptères correspondait à tous mes rêves d’enfant. Le hasard nous a permis de travailler sur un article pour le magazine de l’OPIE « Insectes », puis sur un deuxième et, de fil en aiguille, nous œuvrons maintenant à quatre mains sur des projets plus conséquents.

Extrait 1 de « La vie des Coléoptères d’Europe » (Source : Delachaux&Niestlé)

 

Pourquoi le choix des coléoptères ?

POM. L’observation et l’étude des coléoptères sont une passion depuis mon enfance. J’ai toujours été fasciné par leur incroyable diversité aussi bien morphologique que comportementale. C’est simple : tout – ou presque – existe dans cet ordre. Encore jeune, je dévorais les livres d’entomologistes ou de naturalistes pour en apprendre le plus possible sur l’histoire naturelle, et, plus particulièrement, sur les coléoptères. Leurs couleurs chatoyantes, l’étrangeté de leurs formes, leur mode de vie surprenant, et aussi, souvent, leur « exotisme » me faisaient voyager dans un imaginaire d’aventure. Pour l’anecdote, j’ai fait en classe de troisième un stage au « Jardin aux Insectes » fondé à Poitiers par Denis dans les années 90, qui accueillait à l’époque beaucoup de visiteurs et de scolaires. C’est là, parmi de nombreux autres, un bon souvenir entomologique et une découverte de l’univers associatif.

DR. Oui, souvenirs souvenirs… Ce « Jardin » existe toujours, mais, faute de possibilités financières d’y employer des salariés – il y en avait quatre à l’époque -, il constitue désormais un lieu dédié à la protection et à l’accueil de la petite faune « banale » de nos campagnes. C’est un plaisir de tous les moments de voir préservés tant d’insectes si près du centre-ville. Pour ma part, comme pour Pierre-Olivier et la majorité des passionnés, je suis tombé étant petit, vers 8 ans, dans la marmite de l’entomologie. J’habitais alors à Reims et passais de longues heures dans les champs et terrains vagues entourant la maison à attraper des bestioles et à essayer de les élever avec plus ou moins de succès. Je n’ai cependant pas fait de l’entomologie mon métier, même si celui-ci recoupe largement des questions relatives à la nature, notamment aux plantes.

POM. Je viens quant à moi de boucler ma thèse et mets le cap sur le Cambodge dès la fin de l’année. J’y resterai un an, a priori, et cette année sera entièrement consacrée à de l’entomologie « pure et dure » avec inventaires de la faune locale et peut-être description d’espèces.

Extrait 2 de « La vie des Coléoptères d’Europe » (Source : Delachaux&Niestlé)
 
Quels enseignements avez-vous tiré de ce travail d’écriture ?

DR. Plein de choses qui ne sont pas dans le livre car celui-ci aurait une nouvelle fois « explosé » le volume imparti [rires]. Surtout, des contacts avec des collègues que nous ne connaissions pas encore et, au-delà, le sentiment intense de contempler un univers qui sombre dans le néant. Le déclin général de la biodiversité n’épargne pas les coléoptères et nous ne pouvons qu’être préoccupés par la disparition des grandes espèces nécrophages, des scarabéidés coprophages partout ou presque autour de la Méditerranée ou encore des espèces saproxyliques dont beaucoup sont pourtant emblématiques, ainsi que de toutes les autres espèces bien sûr, si modestes soient t’elles. Les mails reçus de collègues partout en Europe confirment trop souvent ce déclin qui semble inexorable dans le monde actuel, faute de réelle prise de conscience du grand public et faute de volonté politique.

POM. Une infinité d’anecdotes incroyables sur ce groupe, et souvent sur des espèces que nous pouvons côtoyer !

Quels sont vos projets éditoriaux actuels ?

POM. Ils sont nombreux, dans divers domaines de l’entomologie. Outre 2 ou 3 projets de livres dont l’un est d’ores-et-déjà en cours de rédaction, nous essayons de collaborer régulièrement à « Insectes » mais nous avons aussi sous le coude des articles pour d’autres revues. Le principe de la vulgarisation scientifique nous plait et nous permet d’écrire en dehors du cadre académique des publications scientifiques, tout en variant les sujets abordés autant que bon nous semble. La matière est inépuisable ! Étant passionnés par les insectes et particulièrement concernés par la biodiversité et sa protection, nous devons tout mettre en œuvre – comme Passion Entomologie ! – pour essayer de faire partager notre passion et susciter le « feu sacré » chez des jeunes. Raconter de belles histoires naturalistes aux curieux de nature, proposer des photographies de qualité, diversifier les thèmes abordés dans les livres et les articles constituent autant de moyens pour sensibiliser un public aussi large que possible. Tout le monde connait le Grand panda ou les baleines…essayons de rendre les insectes aussi populaires  !

DR. Oui, il faut dire que nous aimons tout ce qui a trait à l’édition et faire un livre est toujours en soi une source de plaisir, celui de l' »objet fini ». Dans une autre vie, j’ai collaboré plus de 30 ans comme journaliste à des revues et journaux médicaux et pharmaceutiques, sans parler de l’écriture d’ouvrages qui étaient alors en rapport avec mes préoccupations professionnelles. L’écriture m’a donc toujours accompagné, sous une forme ou sous une autre.

Extrait 3 de « La vie des Coléoptères d’Europe » (Source : Delachaux&Niestlé)
 
Seriez-vous tentés de collaborer à « Passion-Entomologie » ?

POM. Pourquoi pas, tout reste question de disponibilité bien sûr. En tout cas, je suis l’actualité du site et ne manque pas un rendez-vous avec une brève ou un article plus charpenté.

DR. Tout ce qui a trait aux insectes nous mobilise, donc pourquoi pas, oui, mais, effectivement, restera à trouver du temps !

Pour se procurer l’ouvrage

 

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Benoît GILLES
Chargé de recherche – Entomologiste chez Cycle Farms