Les Punaises du Loiret – Hémiptères Pentatomoïdes

Les Punaises du Loiret – Hémiptères Pentatomoïdes

Par Jean-David Chapelin-Viscardi – Michel Binon – Jean-Claude Gagnepain & Julie Leroy
Figure 1 : Page de couverture de « Les punaises du Loiret » (Source : J.D. Chapelin-Viscardi)

Cet ouvrage, le premier d’une série intitulée « Insectes et Territoires », est une somme de connaissances sur les Punaises Pentatomoïdes dans le département du Loiret. Il a été rédigé par quatre entomologistes : Jean-David Chapelin-Viscardi, Michel Binon, Jean-Claude Gagnepain et Julie Leroy. Le groupe traité ici renferme en France 6 familles distinctes d’Hémiptères : les Acanthosomatidés, les Cydnidés, les Thyréocoridés, les Pentatomidés, les Scutelleridés et les Plataspidés.

« Vert, bleu, marron, rouge, beige ou en encore noir, telles sont les couleurs arborées par les punaises Pentatomoïdes. Si certaines livrées sont ternes, d’autres au contraire sont d’une incroyable rutilance. Sous leur aspect massif, elles peuvent paraître intrigantes pour le profane. En réalité, ces insectes délicats rivalisent d’ingéniosité dans leurs adaptations et surprennent par leur diversité. » ainsi commence l’avant-propos d’un livre qui s’adresse aux entomologistes, mais aussi aux curieux de nature, au-delà-même des frontières du département du Loiret.

Le lecteur trouvera une partie dédiée aux généralités, où sont présentées la systématique, la biologie et l’écologie de ces insectes : leur développement (œuf, 5 stades larvaires, imago), leur nutrition (ce sont des insectes piqueurs-suceurs (liens)) et leurs habitats (qui diffèrent selon les familles). Les méthodologies pour recenser et identifier les Pentatomoïdes sont également abordées.

Un long travail de collecte de données a été réalisé : prospections sur le terrain, recherches bibliographiques, recherches dans les collections de plusieurs institutions (MNHN, MOBE, LEE) et de collègues entomologistes, appel à contribution auprès d’organismes impliqués dans la préservation de la biodiversité.

Figure 2 : Boîtes de références d’Hémiptères de la collection H.P. Sainjon conservées au MOBE (Source : J.D. Chapelin-Viscardi)

Les différents ensembles écologiques du département du Loiret ont été prospectés et cette synthèse concerne 194 communes soit 60% des communes du département.

Au total, 66 espèces ont été recensées. Ce sont 6 154 spécimens (correspondant à 2 679 données) qui ont été étudiés ou recensés pour la réalisation de cet ouvrage.

La recherche des données historiques dans la bibliographie et dans les collections anciennes a été fondamentale dans le cadre de cette étude. En effet, l’analyse des collections conservées au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris (MNHN) et au Muséum d’Orléans pour la biodiversité et l’environnement (MOBE) ont permis de dessiner une ébauche de la faune lorétaine historique. C’est lors de ces recherches au MOBE que les auteurs ont trouvé la toute première liste manuscrite des Hémiptères Pentatomoïdes du Loiret. Celle-ci a été rédigée par Heny-Pierre Sainjon (1825-1909), alors conservateur du Muséum d’Orléans. Cette liste n’est pas datée, mais a probablement été rédigée entre 1866 et 1909. Elle recense les espèces trouvées dans le Loiret et a été classée à la fin de l’ouvrage de Mulsant & Rey de 1866 portant sur les Punaises de France.

À cette liste s’ajoutent la collection de H.-P. Sainjon qu’il a lui-même constituée, ainsi que des informations indiquées dans le catalogue des Hémiptères Hétéroptères d’Europe de Puton de 1869. Ce dernier catalogue a en effet été annoté par H.-P. Sainjon qui avait alors laissé des consignes de lecture au verso de la première page, précisions d’un intérêt fondamental pour ses successeurs. La synthèse de l’ensemble des données historiques a notamment permis d’établir que huit espèces n’avaient plus été revues dans le département depuis au moins trente ans.

Figure 3 : Première liste des Pentatomoïdes du département du Loiret – rédigée par H.P. Sainjon (Collection MOBE) (Source : J.D. Chapelin-Viscardi)

Chacune des 66 espèces est traitée et illustrée dans la partie monographie sous forme d’une « fiche-espèce ». Un maximum d’informations est fourni sur leur biologie, leur écologie, leurs localités historiques ou contemporaines (de 1989 à 2018), leur période d’activité et leur distribution connue. Ces informations sont remises dans le contexte des connaissances loirétaines et régionales.

Les données contemporaines permettent d’appréhender les fréquences spécifiques à l’échelle départementale et ainsi de mettre en évidence les éléments les plus rares. Ainsi, 15 espèces sont classées rares à très rares. Les punaises exotiques ou en expansion sont également abordées ; c’est le cas par exemple de la punaise diabolique, Halyomorpha halys qui, depuis la parution de l’ouvrage, vient d’être découverte dans le Loiret.

Les Punaises présentant des enjeux de préservation (30 espèces d’intérêt entomologique et / ou écologique) sont mises en exergue pour une meilleure prise en compte de la biodiversité dans les actions d’aménagement et de gestion du territoire.

Cet ouvrage a pour vocation de faire évoluer la connaissance de ce groupe d’insectes dans le département du Loiret en y apportant de nouvelles données et de permettre au non-spécialiste de se familiariser avec ces Punaises aux formes et couleurs souvent esthétiques et aux mœurs captivantes.


Si vous êtes intéressé par l’ouvrage : www.somosorleans.org/ouvrages/les-punaises-du-loiret/


Figure 4 : Monographie d’Eurydema ornata (Source : J.D. Chapelin-Viscardi)

Interview de Michel Binon
  • Vous êtes responsables des collections du Muséum d’Orléans pour la Biodiversité et l’Environnement. Pouvez-vous nous présenter ce Musée et quelles y sont vos activités ?

Le Muséum d’Orléans pour la Biodiversité et l’Environnement (MOBE) est en plein chantier de rénovation depuis sa fermeture au public en août 2015. Sa réouverture est prévue pour avril 2021.

La muséographie a été complètement remaniée et les thématiques abordées sont très variées, depuis les origines de la biodiversité actuelle (en lien avec la géodiversité) et ses mécanismes, jusqu’au fonctionnement des écosystèmes et aux interactions multiples en leur sein. Il est question des écosystèmes régionaux (Val de Loire, Sologne, forêts, etc.) mais aussi d’une manière générale ; de la nature en milieu urbanisé également ou des agrosystèmes. Enfin, un étage est dédié, sous forme d’espaces forums, de salles de conférences et de communication écrite (panneaux) et audio-visuelle, aux renvois sur le territoire vers des lieux, des programmes de recherches, des partenaires (laboratoires, universités, associations, etc.).

  • Vous vous intéressez notamment aux Hémiptères Hétéroptères, qu’est ce qui vous passionnent chez ces insectes ? Quelle est leur diversité au niveau mondial et en France ?

J’ai commencé par m’intéresser aux papillons à l’âge de 10 ans environ, puis aux coléoptères, qui restent l’objet principal de mes études, et plus récemment aux Hémiptères, spécialement aux Hétéroptères. C’est le manque de connaissance que nous avions en région Centre – Val de Loire qui m’a conduit à m’y intéresser de plus en plus, mais j’avais déjà constitué une collection depuis longtemps. Je vous laisserai rechercher les chiffres de leur diversité en France et dans le Monde, ne les ayant pas en tête.

  • Avec Jean-David Chapelin-Viscardi, Jean-Claude Gagnepain et Julie Leroy, vous avez co-rédigé « Les punaises du Loiret – Hémiptères Pentatomoïdes ». Pourquoi publier un tel ouvrage ? Comment est né ce projet et comment a-il pris forme ? 

Comme dit ci-dessus, c’est le manque de connaissances régionales sur ce groupe, et en particulier sur les espèces a priori les plus connues que sont les Pentatomes qui nous a motivés. Au Muséum d’Orléans, par exemple, nous n’avons que 4 ou 5 boîtes de petit format pour avoir une petite idée de la faune locale, en particulier celle du Loiret, et de rares publications déjà anciennes abordent les autres départements de la région. Et puis la publication des Faunes de France puis celle de l’excellent ouvrage de Lupoli et Dusoulier ont été des éléments très importants. Ils permettent maintenant d’identifier efficacement toutes les espèces de Pentatomoïdes et de savoir si une observation est ou non inédite pour un secteur géographique.

  • Quel est l’état de l’entomofaune dans la région, et particulièrement celle des Hémiptères ? 

Difficile, voire impossible, d’avoir une idée précise en termes d’état de cette partie de la biodiversité, car notre étude est presque un « état 0 ». On peut dire la même chose que pour une majorité de groupes d’insectes : fort impact du réchauffement climatique, en particulier sur la dispersion de taxons méridionaux vers le nord du pays (rôle également des plantations de végétaux nouveaux), arrivée d’espèces exotiques à caractère plus ou moins envahissant.

  • Quelle est l’importance d’étudier et protéger ces insectes ? Quel est leur rôle/fonction écologique ? 

Pour leur rôle écologique, je vous renvoie à notre ouvrage qui en parle. Les étudier mieux va nous permettre de proposer certains taxons comme marqueurs spécifiques de certains milieux (indicateurs) afin que les hétéroptères puissent être également pris en compte (comme c’est déjà le cas d’autres insectes) pour la gestion des habitats naturels. Ils complèteront les listes de déterminants et permettront de mieux ajuster les plans de gestion.

  • Pouvez-vous nous raconter une anecdote en lien avec les Hémiptères ? 

La majorité des anecdotes sont plutôt liées à la Punaise de lit dont nous ne parlons pas dans notre ouvrage, mais on en dit beaucoup sur elle dans les médias.

Autre espèce dont nous ne parlons pas car nous ne traitons pas ce groupe, mais sans doute le plus populaire des punaises : le gendarme (Pirrhochoris apterus) ! Quand je faisais des animations pour les scolaires sur les insectes, je leur demandais s’il savaient pourquoi on appelait gendarme cette punaise rouge et noir. Quand je leur présentais une gravure d’un gendarme français autour de 1820-1830, dans son uniforme rouge et noir, les élèves mais aussi leurs accompagnateurs étaient heureux d’apprendre d’où venait ce rapprochement. Quand on ajoute qu’ils se regroupent et marchent souvent 2 par 2 (tête-bêche quand ils s’accouplent), cela ajoute au piquant de la découverte !


Les Auteurs 

Jean-David Chapelin-Viscardi est responsable du laboratoire d’Eco-Entomologie d’Orléans. Il étudie en particulier les insectes impliqués dans les services écosystémiques tels que la biorégulation ou la pollinisation. Il forme étudiants, agriculteurs et conseillers techniques à l’agro-écologie. Il s’investit dans des projets régionaux de connaissance et de préservation du patrimoine naturel et dans diverses associations naturalistes. Originellement coléoptèriste, il s’intéresse également à quelques familles d’Hémiptères et d’Hyménoptères, particulièrement celles composées d’auxiliaires et de ravageurs des cultures. 

Michel Binon est responsable des collections du Muséum d’Orléans pour la Biodiversité et l’Environnement (MOBE). En ce qui concerne l’entomologie, ses compétences sont plus axées sur les Coléoptères et les Hémiptères Hétéroptères. Il s’investit particulièrement dans l’inventaire de l’entomofaune de la France centrale et dans la valorisation des données historiques des collections dans le but de fournir des indicateurs permettant la préservation des milieux et des espèces, par des modes adaptés. Il est impliqué dans de nombreuses associations, ainsi que dans des activités éditoriales visant à faire connaître les travaux de naturalistes amateurs. 

Jean-Claude Gagnepain, retraité de l’enseignement élémentaire, est revenu habiter dans son village natal, à Vannes-sur-Cosson, localité de Sologne qu’il prospecte régulièrement. Il s’intéresse à la protection de l’environnement et de la biodiversité de ce vaste ensemble naturel. Membre de la So.MOS et entomologiste amateur, il étudie les Coléoptères ainsi que quelques familles de l’ordre des Hémiptères. Au sein de l’association, il contribue activement aux inventaires naturalistes menés sur plusieurs sites de la région Centre-Val de Loire.

Julie Leroy est chargée d’études éco-entomologiques au sein du laboratoire laboratoire d’Eco-Entomologie d’Orléans. Elle s’intéresse particulièrement aux ravageurs des cultures et à l’étude des aménagement agro-écologiques pour favoriser la diversité entomologique, notamment celle des insectes auxiliaires et pollinisateurs. Afin de valoriser les données entomologiques acquises et mettre en exergue les liens pouvant exister entre les insectes et leur environnement, elle s’est spécialisée dans les systèmes d’informations géographiques (SIG) et l’analyse statistique des données. Elle s’investit également dans le milieu associatif.

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